Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/08/2012

LA VIE QUOTIDIENNE A HOMS.

L’écrivain Jonathan Littell a passé deux semaines et demie à Homs, au cœur des quartiers opposés au régime syrien. Son livre « Carnets de Homs » - édition Gallimard, témoigne de la vie quotidienne du peuple révolté, de la résistance des déserteurs de l’armée syrienne libre, l’ASL, et des atrocités commises par les forces gouvernementales.

HOMS, BACHAR AL-ASSAD, rebelles, massacres, tortures, ASL, Russie, Iran. Chine
Extraits.
Jeudi  26/01/2012
… A l’entrée de Bab-Drib, un check-point ASL. Pas loin il y a une école, où est posté le sniper (de l’armée de Bachar Al-Assad) qui a tué le petit.

HOMS, BACHAR AL-ASSAD, rebelles, massacres, tortures, ASL, Russie, Iran. Chine

On trouve la rue, mais l'enfant est déjà à la mosquée.. On y va à pied. Il y a des soldats ASL partout. Le corps est dans la salle des prières, au sous-sol, dans un catafalque en bois, enveloppé dans un linceul, avec des fleurs de plastique autour de la tête, entouré d’enfants et de gens plus âgés. Trois enfants pleurent discrètement contre un pilier. On découvre le corps pour nous montrer la blessure au niveau du ventre. La peau est déjà jaune, les yeux légèrement entrouverts, on lui a bourré les narines d’ouate. Il a un début de moustache, un léger duvet. Filmé par Abu Bilal, Omar prononce un bref discours rageur devant le corps. L’enfant s’appelait Mohamed N et avait treize ans. C’est le père qui nous parle. Il cassait le bois pour la sobia devant la maison, hier soir à 23 H. Il avait une petite lumière et le sniper l’a abattu. Je demande si on peut publier le nom : « on a perdu ce que l’on avait de plus cher, peu nous importe. » L’enfant n’est pas mort sur le coup, ils ont essayé de l’amener à la clinique, il est mort d’hémorragie.
Le père entouré d’amis, digne, garde tout pour lui. Juste les yeux humides et gonflés.
Leur maison se fait tirer dessus tout le temps. Criblée de trous. Le sniper a aussi tué un handicapé mental, un autre enfant de quinze ans, il y a dix jours.
Sur le téléphone d’une des personnes qui nous entourent, video du lavage du cadavre d’un homme mûr tué d’une balle à la tête par un autre sniper. C’est le frère de celui qui me montre le film. Son fils de onze ans, sur un vélo, a pris une balle à l’épaule, il s’est rué  pour le sauver et le sniper l’a abattu. Sans doute un shabihha,
( un supplétif civil recruté pour renforcer l’armée régulière) le tir venait du quartier alaouite de Nezha, depuis un barrage.
Attroupement autour de nous. Les histoires fusent. Un jeune gars nous montre une grosse cicatrice sur le dos. Il avait crié Allah  akbar en traversant la rue et s’est pris   une balle…
Dimanche 29 /01/2012.
Un médecin témoigne : j’ai soigné un patient un jour aux urgences. Le lendemain on me l’a amené en radiologie avec un traumatisme crânien qu’il n’avait pas la veille. C’est comme ça que j’ai découvert qu’on lui avait fait quelque chose la nuit. J’ai demandé à un ami, un médecin en radiologie, le détail du cas, et il m’a dit : « Il a une fracture du crâne, et un traumatisme, il est maintenant aux soins intensifs.» Deux jours plus tard ce patient est mort de ce traumatisme crânien. Il ne serait pas mort des blessures que j’avais soignées le premier jour. Il est mort de la torture…
…Après Abu Hamzeh, nous montre les vidéos qu’il a filmées en secret grâce à un stylo-caméra mis dans la poche extérieure de sa veste. On voit très clairement les blessés, cinq en tout, enchaînés par les pieds, au lit, nus sous les draps, les yeux bandés. La caméra filme les instruments de torture, posés sur un meuble : deux bandes de caoutchouc découpées dans des pneus et renforcées avec de la bande adhésive, pour frapper, et un câble électrique avec à un bout une prise à brancher directement au mur, et à l’autre, un clip pour fixer sur le doigt, le pied ou le pénis. Plusieurs blessés portent des marques fraîches de torture à la poitrine ; l’un a le torse marbré de coups, rouge vif, comme de la viande crue. Je prends copie des videos. On y entend Abu Hamzed s’indigner tandis qu’il tente de les soigner avec l’infirmière…
Cette vie quotidienne tragique de blocus, de raids de blindés, de bombardements, d’incendies, de rafles, de pillages et de tortures s‘est encore aggravée depuis le départ de Jonathan Littell. Six mois plus tard, Homs reste une ville martyre, victime aussi de l’impuissance des Nations Unies.
Malgré tout, Thomas Pierret, maître de conférences en islam contemporain à l’Université d’Edimbourg a évoqué, pour la première fois, dans le Monde du 3/07/2012, un possible succès des rebelles maintenant mieux armés. L’armée de Bachar Al- Assad n’a pas assez d’effectifs face à la multiplication des fronts ouverts, elle est dépourvue de véhicules de patrouille résistant aux mines et ses blindés sont vulnérables…
L’ASL doit encore gagner du terrain afin de convaincre la Russie, l’Iran et la Chine de cesser de soutenir Bachar Al-Assad, assassin de son peuple.

Images: l'Express et Libération

Annie Keszey