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21/10/2016

Une évaluation d'un président de la République française : Nicolas Sarkozy.

Sources : Henri Guaino, « En finir avec l’économie du sacrifice».-  François Lenglet, « Tant pis ! Nos enfants paieront ». Thomas Piketty*, « Aux urnes citoyens ! ».- Le Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (Liepp) de Sciences-Po- Le CNRS** - Biskeo -  Yves Surel, Jacques Maillard, « Les politiques publiques sous Sarkozy », presse de Sciences-Po. - www.perdre-la-raison.com** – Carole Barjon, « Mais qui sont les assassins de l’Ecole ? ».-  Terra Nova et Donald Hébert dans le Nouvel Observateur.- Dominique Paillé sur le site d’Atlantico. L’INSEE. Challenges avec Stéphane Carcillo et Yann Algan de Sciences Po, André Zylbergerg du CNRS et Pierre Cahuc de polytechnique**. Transparence internationale France***.

Aucun auteur n’a de responsabilité dans l’évaluation suivante, mais ils sont tous remerciés. Un organisme expert et indépendant devrait systématiquement informer le peuple des bilans présidentiels et des projets : la raison critique de l’électeur dialoguerait avec son idéologie.

Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa, dit Nicolas Sarkozy, fils d’un immigré hongrois, avocat, est élu président de la République, face à Ségolène Royal, le 6 mai 2007 avec 53,6 % des suffrages. Il exerce son mandat du 16 mai 2007 au 15 mai 2012. Il a appartenu aux mouvement et partis successifs suivants : UJP-UDR-RPR-UMP et LR. En 2007 a lieu la crise des subprimes aux Etats-Unis et, en 2008, la faillite de la banque Lehman Brothers. Cette crise majeure atteint et frappe l’Europe qui entre en récession aiguë. Le bilan de certains mandats précédents, de plus, est lourd.

Mais pour gouverner, il faut aussi savoir prévoir.

L’évaluation suivante est celle des principaux résultats, sans recenser toutes les transformations du mandat. A partir de sources différentes, pourtant sérieuses, il est parfois difficile de trouver la vérité. Les mesures jugées positives par une majorité d’analystes sont inscrites en rouge foncé.


Synthèse. Nicolas Sarkozy fut un président omniprésent, au style volontariste, nerveux, souvent affabulateur* qui n’a pas su concrétiser les  principaux engagements** de sa campagne électorale.

Il investit sa sensibilité excessive dans une activité démesurée. Son tempérament, son comportement lui nuisent. D’abord populaire, il perd peu à peu  l’attachement de nombreux français à cause de son tempérament  dit « bling-bling », après le dîner au Fouquet’s pour fêter son élection, suivi d’un séjour sur le yacht de Vincent Bolloré*, ce qu’il regrettera en 2016. L’usage occasionnel du registre de langue relâché, par exemple « Casse-toi, pauv’con » heurte le statut digne attendu d’un président de la République. Le recours constant aux medias a  un effet de saturation : 20 % seulement des Français ont confiance en leur président en 2011.  Son hyper présidentialisme a renvoyé son premier ministre  au rang de collaborateur.   Il n’y a pas eu la  rupture promise dans l’organisation française.

Le socle corporatiste et clientéliste du fonctionnement de l’Etat n’a pas varié.

Quelques réformes ont réussi mais la plupart ont échoué ou sont inabouties, d’autres ont été annulées après leur annonce : par exemple la taxe sur les nuits d’hôtels les plus chers a vécu 10 jours... Son bilan économique est calamiteux, l’appareil productif en 2012 est en piteux  état, la formation, l’investissement et l’innovation ont été délaissés et on a assisté à une gabegie sans précédent de l’argent public au bénéfice des patrimoines.* Il a  certes subi de fortes oppositions à ses ambitions venant de certains de ses ministres, de l’Assemblée nationale, du Parlement qui ont détourné la plupart des textes de leurs buts, des lobbys, des instances européennes, des syndicats qu’il n’a pas rénovés et du peuple. Les lobbys, par exemple, ont torpillé la réforme des taxis, celle de l’installation des médecins en zone rurale... Son absence de vision politique française et européenne claire et cohérente, ne lui a pas permis de juguler la crise. La politique d’austérité européenne, inadaptée, a fait obstacle à la croissance.  La logique d’intérêt a plus souvent parlé que celle des droits de l’homme. Il avait promis, à Epinal en juillet 2007, une République irréprochable, mais dès le début du quinquennat il augmentait son salaire présidentiel de  172 %, une des prémices inquiétantes.

Son mandat est un échec. L’excellence attendue au sommet n’est pas au rendez-vous.  A la fin de son mandat, la pauvreté, les inégalités sociales, le chômage, la dette publique, la fiscalité et la dépense publique avaient augmenté, la croissance, le pouvoir d’achat, les fonds pour le logement, les fonds généraux pour la recherche, la Justice et l’Education avaient diminué. Il n’a pas su proposer la transformation des institutions européennes, ni créer les conditions politiques, certes complexes, d’un fonctionnement réussi de la monnaie unique. Les débats permanents, cafouilleux et sans issues sur les thèmes, identité-intégration-laïcité-multiculturalisme, ont piétiné.

L’emploi.  Le 6 mai 2007 Nicolas Sarkozy promet le plein emploi, il va se battre. En janvier 2009, Pôle emploi est créé  par la fusion  UNEDIC-ASSEDIC. Les projets de recrutement en main- d’œuvre recensés par l’enquête des besoins en main- d’œuvre de Pôle emploi sont en augmentation de 6,1 %. En 2011, ces projets sont en recul de 6 %, avec une augmentation des projets à caractère saisonnier.

Sur 45 000 salariés de Pôle emploi, à peine 13 000 s’occupent directement des chômeurs. Rien n’a été fait pour la formation professionnelle des adultes, opaque, inefficace et inégalitaire. Le droit du travail n’a pas évolué, le contrat unique promis n’a pas existé.

 La loi de 2007 sur la défiscalisation des heures supplémentaires encapsulée dans la loi TEPA en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat aboutira cinq ans plus tard à la destruction de 30 000 emplois avec un coût record de 133 000 € par job ! La loi TEPA est très controversée pour un coût énorme  par an. La défiscalisation des heures supplémentaires est abandonnée le 18/07/2012.

Fin 2012 et depuis 2007, il y a un million de chômeurs supplémentaires selon la source DARES, 450 000 selon l’INSEE : le taux est passé de 8,1 % en 2007, à 10 % en 2012. Retrouver un emploi est une épreuve. 57 % des nouveaux emplois  entre 2008 et 2012 le sont dans quatre métropoles seulement. La France périphérique est à la peine.

 Aucun emploi marchand n’a été créé. Le nombre de jours de grève  a augmenté depuis 2007.

En octobre 2010, les retraites sont réformées, l’âge du départ passe, en général, de 60 ans à 62 ans. Mais, par peur ou par calcul, la réforme n’a pas la profondeur nécessaire et il faudra la transformer ultérieurement en analysant son coût, les nombreux régimes spéciaux et les inégalités... La réforme favorise les retraités du moment au détriment des retraités à venir.

Les jeunes sont frappés par l’insuffisance de formation pour 120 000 d’entre eux chaque année et par le chômage. En septembre 2009 Nicolas Sarkozy prend des mesures pour les jeunes et engage 500 millions d’euros par an. Mais il n’y a pas de mesures assez fortes sur les ressources, le logement et l’emploi des jeunes.

Les pauvres, les riches. Nicolas Sarkozy veut être le président de l’augmentation du pouvoir d’achat au Congrès de l’UMP en janvier2007. 337 000 personnes supplémentaires passent sous le seuil de pauvreté : 954 €/mois (en 2009). Il y a 8,2 millions de pauvres en fin de mandat.

En 2012, 10 % des employés les plus riches touchent 665 % du salaire des 10 % les plus pauvres.

 L’indemnité parlementaire  mensuelle est de 7 100 € en 2012 soumise à l’impôt et l’indemnité représentative de frais de mandat de 6 400 €/mois, non contrôlée, non imposable. Après vingt ans de cotisations les députés touchent une retraite à taux plein.

Le RSA, moyen de combiner protection sociale et réhabilitation de la valeur travail, est institué le 1/12/2008 mais il ne va pas avoir l’efficacité attendue. 470 000 sur 1 870 000 titulaires du RSA, seulement, combinent cette aide sociale avec les revenus d’un travail. 49 % des personnes qui y ont droit ne le réclament pas tant le dispositif est illisible.

La dette. Nicolas Sarkozy, dans Le Parisien, en mars 2007, s’engage à ramener la dette en dessous de 60 % du PIB d’ici 2012 : elle est alors de 64 % du PIB. Elle sera de 85 % du PIB en 2012. Les économistes s’accordent pour attribuer à la crise le tiers de cette augmentation de 21% du PIB. En fin de mandat la dette est passée de 900 milliards d’euros à 1 800 milliards d’euros***.

Augmentation de la dette publique en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) : Mitterrand + 16 %, Balladur/Chirac + 18 %, Jospin – 1 %, Chirac + 7 %, Sarkozy + 21%.

Le déficit de la balance du commerce extérieur est de – 51, 53  milliards d’euros en  2010 et de – 69, 59 milliards d’euros en 2011.

L’éducation. L’Ecole dite de l’égalité des chances devient plus inégalitaire. La dégradation de l’Ecole est un des principaux points noirs du quinquennat. En août 2007, la loi relative aux libertés et responsabilités des universités est approuvée. En janvier 2011, 90 % des universités ont opté pour la gestion autonome. En 2012, on arrive péniblement à une dépense de 10 000 € par étudiant, alors que les Etats-Unis dépassent les 30 000 €. Or, il y a une nécessité impérieuse de faire le choix du capital humain (plutôt que de diminuer l’ISF ou les droits de succession).* Seule une minorité

d’étudiants, dans des filières sélectives des grandes écoles, bénéficie des moyens adéquats. Plusieurs universités, en difficultés financières, ont été mises sous tutelle.

 La formation initiale des enseignants est portée à Bac+ 5, bonne initiative, mais sans formation à la gestion des groupes ni à la pédagogie. Les jeunes enseignants étant nommés dans les Zones d’Education prioritaires (ZEP) n’y restent pas. Les ZEP échouent. La liberté de choix de l’établissement, engagée, n’a pas abouti. L’évaluation des collèges n’a pas été instaurée et les choix reposaient sur des rumeurs. L’inégalité sociale entre les collèges s’est cependant amplifiée.

65 400 postes d’enseignants ont été supprimés entre 2007 et 2012. Les effectifs d’élèves, de tous âges, ont augmenté, sauf une perte de 150 000 enfants de moins de 3 ans restant à la maison.

Nicolas Sarkozy braque le monde enseignant  en s’interrogeant sur l’importance d’avoir lu la Princesse de Clèves pour passer un concours administratif ou sur la médiocrité de la recherche française, le 22/01/2009. Il dénigre le savoir classique et dévalorise la figure de l’enseignant.

La sécurité. 6 251 postes de policiers  et 6 218 postes de gendarmes  ont été supprimés pendant ce mandat. La loi de programmation militaire de 2009 a prévu la suppression de 54 000 postes jusqu’en 2015. Pour changer la police l’ambition est faible : les forces opérationnelles sont coupées de leur environnement local... La délinquance des jeunes diminue mais les violences contre les personnes augmentent, ainsi que le trafic de drogue et la consommation. 47 000 personnes sont emprisonnées en 2001, 66 000 en 2010. L’impensé de la situation des prisons perdure.

La laïcité. Le 20/12/2007, Nicolas Sarkozy obtient le titre (anachronique) de chanoine honoraire de Saint-Jean de Latran et se prononce pour une « laïcité positive », plus souple donc ! Il hiérarchise la morale religieuse au-dessus de la morale laïque. Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur...dit-il.

Créateur en 2003, du Conseil français du culte musulman, qui ne réussira pas « l’islam de France

autonome  quant aux pays d’origine », il aura, avant son élection, des relations  de « lune de miel » avec l’Union des organisations islamiques de France, l’UOIF. A partir de 2005, le désintérêt, la rancœur et le « trouble jeu » s’emparent de Nicolas Sarkozy qui entre dans des relations tumultueuses avec l’UOIF.

En 2010, la loi interdisant le voile intégral dans l’espace public est approuvée.

La discrimination dont sont victimes les travailleurs étrangers n’a pas été prise en compte par l’Etat.

La réforme de l’Etat. La RGPP, Révision générale des politiques publiques de 2007 n’est qu’un processus favorisant, d’un côté, une pression à la baisse sur les moyens et, de l’autre, des moyens plus ou moins standardisés de réorganisation. La masse salariale a continué d’augmenter. Le résultat est confus du fait des dispositifs empilés et de la profusion des labels. Les nouvelles lois sont  très nombreuses avec des textes de plus en plus imposants malgré la décision de simplification.

La réforme constitutionnelle de 2008 n’apporte que des changements très limités, très inférieurs aux attentes. Les libertés du Parlement sont accrues et un socialiste, de l’opposition, est nommé président de la commission des Finances : Didier Migaud. La question prioritaire de constitutionnalité est pertinente. Le statut de l’auto-entrepreneur, la création de l’autorité de la concurrence et les soutiens aux PME (suppression de la taxe professionnelle, réduction des délais de paiement, banque...) semblent aussi des mesures positives.

Le cumul des mandats n’a pas été supprimé pour les parlementaires. La TVA sociale approuvée en 2012 est supprimée par le président suivant en 2012 !

Le logement. Nicolas Sarkozy, en 2007, souhaitait instaurer « une France de propriétaires » en se fixant le but de 70 %. En 2007, 57 % des Français étaient propriétaires, en 2011 : 57 % ! La subvention étatique pour construire un logement social ordinaire a diminué de 60 % entre 2009 et 2010. Les dispositifs Scellier et de Robien ont profité aux contribuables les plus aisés, mais le résultat global est désastreux, beaucoup de logements restant vides dans des zones sans demandes. Les prix de l’immobilier ont considérablement augmenté pendant le mandat.

 

La justice. Nicolas Sarkozy trahit l’obligation de respect de sa fonction en comparant les magistrats à des petits pois sans saveur.  Entre 2008 et 2010, 401 juridictions sont supprimées. La pénalisation s’accroit : la loi sur la récidive d’août 2007 et la loi Loppsi 2 de mars 2011 définissent les peines- planchers ou peines minimales pour personnes en situation de récidive ou auteurs de délits avec violences aggravées. Jugées inefficaces, injustes et susceptibles d’accroître les récidives par un rapport de magistrats, les peines minimales sont abrogées en juin 2014. 

La rétention de sûreté intervient en 2008, elle est approuvée par la procédure d’urgence du 49-3 et partiellement censurée par le Conseil  constitutionnel. Elle est très peu appliquée, 5 cas en 7 ans, et fortement réprouvée par Adeline Hazan, contrôleuse des lieux de privation de liberté.

Un tribunal correctionnel pour mineurs récidivistes de 16 à 18 ans est créé. Il sera régulièrement contesté pour sa composition et parce qu’il constitue un abaissement déguisé de la majorité pénale à 16 ans. L’ONU critique sévèrement la France quant à sa conception des droits de l’enfant.

La Justice manque de moyens : son budget rapporté au PIB est 37ème/43, en Europe.

L’identité.  L’immigration.  Nicolas Sarkozy, ministre, avait fermé le centre pour migrants de Sangatte en 2002. Le ministre Eric Besson avait démantelé le nouveau camp en 2009...

Le 18/05/2007 est créé le ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’identité nationale et du Codéveloppement. Supprimé le 13/11/2010, il n’a cessé d’être critiqué par des associations, des chercheurs, des universitaires, l’ONU, à partir d’interventions publiques et de pétitions. Le philosophe Michel Wieviorka le déclare « catastrophe intellectuelle et politique pour l’image générale de la France ». Moins ostensiblement répressive, sans apparences racistes, une assemblée démocratique se substituant au ministre aurait pu positiver un essai préventif.

La loi du 20/11/2007 pour limiter l’immigration clandestine est approuvée  et le Conseil constitutionnel censure l’autorisation d’effectuer des statistiques ethniques.

L’expulsion des Roms en 2010 fait débat.

Les réformes de l’immigration restent inachevées. Moins de 10 accords bilatéraux sont signés avec plusieurs pays sur l’immigration choisie, mais peu utilisés. Les quotas ne seront pas respectés. Les Tunisiens de la « Révolution du Jasmin » sont indésirables.

Les regroupements familiaux se sont maintenus. La proposition d’un député de faire des tests ADN pour prouver les liens familiaux  a été rejetée.

La croissance. Elle est atone. En 2007, la croissance du PIB  est de 5 % en valeur et de 2,4 % en volume. En 2012, elle est de 1,3 % en valeur et de 0,2 % en volume, selon l’INSEE.

Entre 2007 et 2013, la richesse produite en France en euros courants a vu sa valeur progresser de 8 %. Pour la même période l’Allemagne affiche + 15,7 % et la Pologne + 27 % alors que sa monnaie, le zloty s’est dépréciée de 10 % !

La fiscalité. Nicolas Sarkozy ne veut pas augmenter les impôts : il veut les baisser. Le taux des prélèvements obligatoires est de 43,4 % en 2007 et de 45 % en 2012. Les cadeaux fiscaux se montent  à 75 milliards, faits aux plus riches. Le système fiscal reste archaïque et complexe, asphyxié par les régimes dérogatoires de toute nature. L’ISF rapporte à l’Etat moins de 3 milliards d’euros en 2012 au lieu de 4,5 milliards en 2007, alors même que le patrimoine des Français a augmenté de 20 % : c’est un cadeau, une gabegie d’argent public, fait aux 1 % des plus fortunés.*

Le nombre de taxes nouvelles de 2007 à 2012 est de  54 taxes, au moins.

Les bonus des traders seront taxés,  mais cela ne sera que très exceptionnellement utilisé. La TVA dans la restauration diminue de 19,5 % à 5.5 % pour favoriser l’emploi et la consommation. La Cour des comptes déplore l’inefficacité de la mesure et son coût. Les micro-partis ne sont pas encadrés.

Le bilan économique. Il est calamiteux, l’appareil productif est en piteux état, l’investissement, la formation et l’innovation ont été délaissés.* A Rouen en 2007, Nicolas Sarkozy avait dit ne pas accepter l’idée d’une désindustrialisation,  ni d’une France sans usine : 350 000 emplois industriels sont détruits en 5 ans.

La loi Grenelle 1 naît du Grenelle de l’environnement de Juillet 2007. Elle prend des mesures à long terme en faveur de l’environnement et du développement durable. La loi Grenelle 2 de mai 2010 met en œuvre six chantiers majeurs. Les évaluations viendront ultérieurement.

La démocratie. En 2007, Nicolas Sarkozy contourne et trahit les résultats du référendum de 2005 sur le rejet de la Constitution européenne par les électeurs. En 2016 pourtant, dans sa nouvelle campagne électorale, il propose l’usage du référendum ! Le secrétariat aux droits de l’homme est supprimé en juin 2009. En 2011, la France est 38ème dans le classement mondial sur la liberté de la presse. Les valeurs fondamentales, liberté (affaire des fadettes ...), égalité (stigmatisation des assistés,  possédants favorisés...), fraternité (policiers contre magistrats, circulaire sur les Roms...) sont trahies.

La politique européenne. Nicolas Sarkozy participe à la transformation du G7 en G 20.

La gestion par la France (et par l’Allemagne) de la crise de 2008, fut catastrophique. Les dirigeants ont réussi la prouesse de transformer une crise venue initialement du secteur financier privé américain  en une crise européenne durable des dettes publiques.* La politique d’austérité choisie est l’ennemie de la croissance particulièrement  en Europe du Sud  contrainte de servir d’abord les créanciers. L’Europe entre 2007 et 2012 ne pouvait fonctionner, or, ses institutions, ses traités, n’ont pas été modifiés.

La France a négligé des règles européennes de discipline budgétaire et créé de vives controverses.

La Cour européenne des droits de l’homme a condamné plusieurs fois la France.

La politique internationale.

Le 13/07/2008, Nicolas Sarkozy favorise l’Union de 43 pays pour la Méditerranée, renforçant le partenariat euro-méditerranéen mis en place en  1995 (puis, en 2009, la fondation des femmes pour la Méditerranée). Le premier projet, une usine de désalinisation de l’eau de mer pour Gaza dont 95 % de l’eau est impropre à la consommation,  est labellisé le 22/06/2011. En 2012, ce projet évalué à 295 millions d’euros est toujours en attente faute de bailleurs de fonds. Les pays du Golfe vont apporter 50 % du total et la France apporte 10 millions d’euros pour inciter d’autres pays.  L’usine n’entrera en activité que fin 2016.

Le 12/08/2008, Nicolas Sarkozy se rend à Moscou et évite l’annexion de la Géorgie par les Russes. Il accepte d’aider financièrement la Grèce. Au cours de son mandat, il a des relations vénales avec des émirs. Il reçoit Mouammar Kadhafi, en liaison, dit-on, avec la libération des infirmières bulgares, adresse de chaleureuses félicitations à Poutine en 2007, inverse ses relations avec la Chine en rencontrant le Dalaï-Lama en 2008 puis Hu Jintao en 2010. Il n’apporte que peu de soutien aux printemps arabes de libération. Il soutient les réfugiés libyens, sans vision stratégique de la situation.

Souhaitant légitimement  transformer les relations avec l’Afrique, il commence bien en nommant dans le gouvernement Bernard Kouchner, Jean-Marc Bockel, Rama Yade, Jean-Christophe Rufin. Mais le désir de rupture est brisé par l’intervention subversive de Nicolas Sarkozy à Dakar le 27 juillet 2007 : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire... ». L’activisme de Claude Guéant et d’Henri Guaino bâillonnera les nommés face à une Afrique hostile.  A Constantine en Octobre 2007 Nicolas Sarkozy affirme que le système colonial ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation.

L’éthique et la corruption. En 2011, l’indice de perception de la corruption pour la France est de 7/10, au 14ème rang européen. La Nouvelle Zélande occupe le 1er rang  de l’éthique avec 9,5/10.

Nicolas Sarkozy voulait en finir avec les paradis fiscaux, il a  bien lutté contre mais sans obtenir leur disparition. La Cour des comptes peut désormais examiner les dépenses de l’Elysée. Les moyens mis à la disposition de la Justice pour lutter contre la corruption ont été insuffisants. La gestion du Secret Défense n’a pas été transmise à une instance décisionnelle indépendante du président.

Les  « Affaires » du mandat présidentiel. La République  est dévoyée, en voie de berlusconisation :

l’argent de l’Etat est accordé aux amis tels que Bolloré ou Patrick Buisson...Le record est battu de ministres atteints par des scandales. La presse, avec une fréquence inégalée, heurte ses lecteurs avec des trafics d’influence, de la corruption active et des  financements illégaux de campagnes électorales. Le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy s’adresse à l’électorat frontiste. A Keszey.

Synthèse. Nicolas Sarkozy fut un président omniprésent, au style volontariste, nerveux, souvent affabulateur* qui n’a pas su concrétiser les principaux engagements** de sa campagne électorale.
Il investit sa sensibilité excessive dans une activité démesurée. Son tempérament, son comportement lui nuisent. D’abord populaire, il perd peu à peu l’attachement de nombreux français à cause de son tempérament dit « bling-bling », après le dîner au Fouquet’s pour fêter son élection, suivi d’un séjour sur le yacht de Vincent Bolloré*, ce qu’il regrettera en 2016. L’usage occasionnel du registre de langue relâché, par exemple « Casse-toi, pauv’con » heurte le statut digne attendu d’un président de la République. Le recours constant aux medias a un effet de saturation : 20 % seulement des Français ont confiance en leur président en 2011. Son hyper présidentialisme a renvoyé son premier ministre au rang de collaborateur. Il n’y a pas eu la rupture promise dans l’organisation française.
Le socle corporatiste et clientéliste du fonctionnement de l’Etat n’a pas varié.
Quelques réformes ont réussi mais la plupart ont échoué ou sont inabouties, d’autres ont été annulées après leur annonce : par exemple la taxe sur les nuits d’hôtels les plus chers a vécu 10 jours... Son bilan économique est calamiteux, l’appareil productif en 2012 est en piteux état, la formation, l’investissement et l’innovation ont été délaissés et on a assisté à une gabegie sans précédent de l’argent public au bénéfice des patrimoines.* Il a certes subi de fortes oppositions à ses ambitions venant de certains de ses ministres, de l’Assemblée nationale, du Parlement qui ont détourné la plupart des textes de leurs buts, des lobbys, des instances européennes, des syndicats qu’il n’a pas rénovés et du peuple. Les lobbys, par exemple, ont torpillé la réforme des taxis, celle de l’installation des médecins en zone rurale... Son absence de vision politique française et européenne claire et cohérente, ne lui a pas permis de juguler la crise. La politique d’austérité européenne, inadaptée, a fait obstacle à la croissance. La logique d’intérêt a plus souvent parlé que celle des droits de l’homme. Il avait promis, à Epinal en juillet 2007, une République irréprochable, mais dès le début du quinquennat il augmentait son salaire présidentiel de 172 %, une des prémices inquiétantes.
Son mandat est un échec. L’excellence attendue au sommet n’est pas au rendez-vous. A la fin de son mandat, la pauvreté, les inégalités sociales, le chômage, la dette publique, la fiscalité et la dépense publique avaient augmenté, la croissance, le pouvoir d’achat, les fonds pour le logement, les fonds généraux pour la recherche, la Justice et l’Education avaient diminué. Il n’a pas su proposer la transformation des institutions européennes, ni créer les conditions politiques, certes complexes, d’un fonctionnement réussi de la monnaie unique. Les débats permanents, cafouilleux et sans issues sur les thèmes, identité-intégration-laïcité-multiculturalisme, ont piétiné.
L’emploi. Le 6 mai 2007 Nicolas Sarkozy promet le plein emploi, il va se battre. En janvier 2009, Pôle emploi est créé par la fusion UNEDIC-ASSEDIC. Les projets de recrutement en main- d’œuvre recensés par l’enquête des besoins en main- d’œuvre de Pôle emploi sont en augmentation de 6,1 %. En 2011, ces projets sont en recul de 6 %, avec une augmentation des projets à caractère saisonnier.
Sur 45 000 salariés de Pôle emploi, à peine 13 000 s’occupent directement des chômeurs. Rien n’a été fait pour la formation professionnelle des adultes, opaque, inefficace et inégalitaire. Le droit du travail n’a pas évolué, le contrat unique promis n’a pas existé.
La loi de 2007 sur la défiscalisation des heures supplémentaires encapsulée dans la loi TEPA en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat aboutira cinq ans plus tard à la destruction de 30 000 emplois avec un coût record de 133 000 € par job ! La loi TEPA est très controversée pour un coût énorme par an. La défiscalisation des heures supplémentaires est abandonnée le 18/07/2012.
Fin 2012 et depuis 2007, il y a un million de chômeurs supplémentaires selon la source DARES, 450 000 selon l’INSEE : le taux est passé de 8,1 % en 2007, à 10 % en 2012. Retrouver un emploi est une épreuve. 57 % des nouveaux emplois entre 2008 et 2012 le sont dans quatre métropoles seulement. La France périphérique est à la peine.
Aucun emploi marchand n’a été créé. Le nombre de jours de grève a augmenté depuis 2007.
En octobre 2010, les retraites sont réformées, l’âge du départ passe, en général, de 60 ans à 62 ans. Mais, par peur ou par calcul, la réforme n’a pas la profondeur nécessaire et il faudra la transformer ultérieurement en analysant son coût, les nombreux régimes spéciaux et les inégalités... La réforme favorise les retraités du moment au détriment des retraités à venir.
Les jeunes sont frappés par l’insuffisance de formation pour 120 000 d’entre eux chaque année et par le chômage. En septembre 2009 Nicolas Sarkozy prend des mesures pour les jeunes et engage 500 millions d’euros par an. Mais il n’y a pas de mesures assez fortes sur les ressources, le logement et l’emploi des jeunes.
Les pauvres, les riches. Nicolas Sarkozy veut être le président de l’augmentation du pouvoir d’achat au Congrès de l’UMP en janvier2007. 337 000 personnes supplémentaires passent sous le seuil de pauvreté : 954 €/mois (en 2009). Il y a 8,2 millions de pauvres en fin de mandat.
En 2012, 10 % des employés les plus riches touchent 665 % du salaire des 10 % les plus pauvres.
L’indemnité parlementaire mensuelle est de 7 100 € en 2012 soumise à l’impôt et l’indemnité représentative de frais de mandat de 6 400 €/mois, non contrôlée, non imposable. Après vingt ans de cotisations les députés touchent une retraite à taux plein.
Le RSA, moyen de combiner protection sociale et réhabilitation de la valeur travail, est institué le 1/12/2008 mais il ne va pas avoir l’efficacité attendue. 470 000 sur 1 870 000 titulaires du RSA, seulement, combinent cette aide sociale avec les revenus d’un travail. 49 % des personnes qui y ont droit ne le réclament pas tant le dispositif est illisible.
La dette. Nicolas Sarkozy, dans Le Parisien, en mars 2007, s’engage à ramener la dette en dessous de 60 % du PIB d’ici 2012 : elle est alors de 64 % du PIB. Elle sera de 85 % du PIB en 2012. Les économistes s’accordent pour attribuer à la crise le tiers de cette augmentation de 21% du PIB. En fin de mandat la dette est passée de 900 milliards d’euros à 1 800 milliards d’euros***.
Augmentation de la dette publique en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) : Mitterrand + 16 %, Balladur/Chirac + 18 %, Jospin – 1 %, Chirac + 7 %, Sarkozy + 21%.
Le déficit de la balance du commerce extérieur est de – 51, 53 milliards d’euros en 2010 et de – 69, 59 milliards d’euros en 2011.
L’éducation. L’Ecole dite de l’égalité des chances devient plus inégalitaire. La dégradation de l’Ecole est un des principaux points noirs du quinquennat. En août 2007, la loi relative aux libertés et responsabilités des universités est approuvée. En janvier 2011, 90 % des universités ont opté pour la gestion autonome. En 2012, on arrive péniblement à une dépense de 10 000 € par étudiant, alors que les Etats-Unis dépassent les 30 000 €. Or, il y a une nécessité impérieuse de faire le choix du capital humain (plutôt que de diminuer l’ISF ou les droits de succession).* Seule une minorité
d’étudiants, dans des filières sélectives des grandes écoles, bénéficie des moyens adéquats. Plusieurs universités, en difficultés financières, ont été mises sous tutelle.
La formation initiale des enseignants est portée à Bac+ 5, bonne initiative, mais sans formation à la gestion des groupes ni à la pédagogie. Les jeunes enseignants étant nommés dans les Zones d’Education prioritaires (ZEP) n’y restent pas. Les ZEP échouent. La liberté de choix de l’établissement, engagée, n’a pas abouti. L’évaluation des collèges n’a pas été instaurée et les choix reposaient sur des rumeurs. L’inégalité sociale entre les collèges s’est cependant amplifiée.
65 400 postes d’enseignants ont été supprimés entre 2007 et 2012. Les effectifs d’élèves, de tous âges, ont augmenté, sauf une perte de 150 000 enfants de moins de 3 ans restant à la maison.
Nicolas Sarkozy braque le monde enseignant en s’interrogeant sur l’importance d’avoir lu la Princesse de Clèves pour passer un concours administratif ou sur la médiocrité de la recherche française, le 22/01/2009. Il dénigre le savoir classique et dévalorise la figure de l’enseignant.
La sécurité. 6 251 postes de policiers et 6 218 postes de gendarmes ont été supprimés pendant ce mandat. La loi de programmation militaire de 2009 a prévu la suppression de 54 000 postes jusqu’en 2015. Pour changer la police l’ambition est faible : les forces opérationnelles sont coupées de leur environnement local... La délinquance des jeunes diminue mais les violences contre les personnes augmentent, ainsi que le trafic de drogue et la consommation. 47 000 personnes sont emprisonnées en 2001, 66 000 en 2010. L’impensé de la situation des prisons perdure.
La laïcité. Le 20/12/2007, Nicolas Sarkozy obtient le titre (anachronique) de chanoine honoraire de Saint-Jean de Latran et se prononce pour une « laïcité positive », plus souple donc ! Il hiérarchise la morale religieuse au-dessus de la morale laïque. Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur...dit-il.
Créateur en 2003, du Conseil français du culte musulman, qui ne réussira pas « l’islam de France
autonome quant aux pays d’origine », il aura, avant son élection, des relations de « lune de miel » avec l’Union des organisations islamiques de France, l’UOIF. A partir de 2005, le désintérêt, la rancœur et le « trouble jeu » s’emparent de Nicolas Sarkozy qui entre dans des relations tumultueuses avec l’UOIF.
En 2010, la loi interdisant le voile intégral dans l’espace public est approuvée.
La discrimination dont sont victimes les travailleurs étrangers n’a pas été prise en compte par l’Etat.
La réforme de l’Etat. La RGPP, Révision générale des politiques publiques de 2007 n’est qu’un processus favorisant, d’un côté, une pression à la baisse sur les moyens et, de l’autre, des moyens plus ou moins standardisés de réorganisation. La masse salariale a continué d’augmenter. Le résultat est confus du fait des dispositifs empilés et de la profusion des labels. Les nouvelles lois sont très nombreuses avec des textes de plus en plus imposants malgré la décision de simplification.
La réforme constitutionnelle de 2008 n’apporte que des changements très limités, très inférieurs aux attentes. Les libertés du Parlement sont accrues et un socialiste, de l’opposition, est nommé président de la commission des Finances : Didier Migaud. La question prioritaire de constitutionnalité est pertinente. Le statut de l’auto-entrepreneur, la création de l’autorité de la concurrence et les soutiens aux PME (suppression de la taxe professionnelle, réduction des délais de paiement, banque...) semblent aussi des mesures positives.
Le cumul des mandats n’a pas été supprimé pour les parlementaires. La TVA sociale approuvée en 2012 est supprimée par le président suivant en 2012 !
Le logement. Nicolas Sarkozy, en 2007, souhaitait instaurer « une France de propriétaires » en se fixant le but de 70 %. En 2007, 57 % des Français étaient propriétaires, en 2011 : 57 % ! La subvention étatique pour construire un logement social ordinaire a diminué de 60 % entre 2009 et 2010. Les dispositifs Scellier et de Robien ont profité aux contribuables les plus aisés, mais le résultat global est désastreux, beaucoup de logements restant vides dans des zones sans demandes. Les prix de l’immobilier ont considérablement augmenté pendant le mandat.

La justice. Nicolas Sarkozy trahit l’obligation de respect de sa fonction en comparant les magistrats à des petits pois sans saveur. Entre 2008 et 2010, 401 juridictions sont supprimées. La pénalisation s’accroit : la loi sur la récidive d’août 2007 et la loi Loppsi 2 de mars 2011 définissent les peines- planchers ou peines minimales pour personnes en situation de récidive ou auteurs de délits avec violences aggravées. Jugées inefficaces, injustes et susceptibles d’accroître les récidives par un rapport de magistrats, les peines minimales sont abrogées en juin 2014.
La rétention de sûreté intervient en 2008, elle est approuvée par la procédure d’urgence du 49-3 et partiellement censurée par le Conseil constitutionnel. Elle est très peu appliquée, 5 cas en 7 ans, et fortement réprouvée par Adeline Hazan, contrôleuse des lieux de privation de liberté.
Un tribunal correctionnel pour mineurs récidivistes de 16 à 18 ans est créé. Il sera régulièrement contesté pour sa composition et parce qu’il constitue un abaissement déguisé de la majorité pénale à 16 ans. L’ONU critique sévèrement la France quant à sa conception des droits de l’enfant.
La Justice manque de moyens : son budget rapporté au PIB est 37ème/43, en Europe.
L’identité. L’immigration. Nicolas Sarkozy, ministre, avait fermé le centre pour migrants de Sangatte en 2002. Le ministre Eric Besson avait démantelé le nouveau camp en 2009...
Le 18/05/2007 est créé le ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’identité nationale et du Codéveloppement. Supprimé le 13/11/2010, il n’a cessé d’être critiqué par des associations, des chercheurs, des universitaires, l’ONU, à partir d’interventions publiques et de pétitions. Le philosophe Michel Wieviorka le déclare « catastrophe intellectuelle et politique pour l’image générale de la France ». Moins ostensiblement répressive, sans apparences racistes, une assemblée démocratique se substituant au ministre aurait pu positiver un essai préventif.
La loi du 20/11/2007 pour limiter l’immigration clandestine est approuvée et le Conseil constitutionnel censure l’autorisation d’effectuer des statistiques ethniques.
L’expulsion des Roms en 2010 fait débat.
Les réformes de l’immigration restent inachevées. Moins de 10 accords bilatéraux sont signés avec plusieurs pays sur l’immigration choisie, mais peu utilisés. Les quotas ne seront pas respectés. Les Tunisiens de la « Révolution du Jasmin » sont indésirables.
Les regroupements familiaux se sont maintenus. La proposition d’un député de faire des tests ADN pour prouver les liens familiaux a été rejetée.
La croissance. Elle est atone. En 2007, la croissance du PIB est de 5 % en valeur et de 2,4 % en volume. En 2012, elle est de 1,3 % en valeur et de 0,2 % en volume, selon l’INSEE.
Entre 2007 et 2013, la richesse produite en France en euros courants a vu sa valeur progresser de 8 %. Pour la même période l’Allemagne affiche + 15,7 % et la Pologne + 27 % alors que sa monnaie, le zloty s’est dépréciée de 10 % !
La fiscalité. Nicolas Sarkozy ne veut pas augmenter les impôts : il veut les baisser. Le taux des prélèvements obligatoires est de 43,4 % en 2007 et de 45 % en 2012. Les cadeaux fiscaux se montent à 75 milliards, faits aux plus riches. Le système fiscal reste archaïque et complexe, asphyxié par les régimes dérogatoires de toute nature. L’ISF rapporte à l’Etat moins de 3 milliards d’euros en 2012 au lieu de 4,5 milliards en 2007, alors même que le patrimoine des Français a augmenté de 20 % : c’est un cadeau, une gabegie d’argent public, fait aux 1 % des plus fortunés.*
Le nombre de taxes nouvelles de 2007 à 2012 est de 54 taxes, au moins.
Les bonus des traders seront taxés, mais cela ne sera que très exceptionnellement utilisé. La TVA dans la restauration diminue de 19,5 % à 5.5 % pour favoriser l’emploi et la consommation. La Cour des comptes déplore l’inefficacité de la mesure et son coût. Les micro-partis ne sont pas encadrés.
Le bilan économique. Il est calamiteux, l’appareil productif est en piteux état, l’investissement, la formation et l’innovation ont été délaissés.* A Rouen en 2007, Nicolas Sarkozy avait dit ne pas accepter l’idée d’une désindustrialisation, ni d’une France sans usine : 350 000 emplois industriels sont détruits en 5 ans.
La loi Grenelle 1 naît du Grenelle de l’environnement de Juillet 2007. Elle prend des mesures à long terme en faveur de l’environnement et du développement durable. La loi Grenelle 2 de mai 2010 met en œuvre six chantiers majeurs. Les évaluations viendront ultérieurement.
La démocratie. En 2007, Nicolas Sarkozy contourne et trahit les résultats du référendum de 2005 sur le rejet de la Constitution européenne par les électeurs. En 2016 pourtant, dans sa nouvelle campagne électorale, il propose l’usage du référendum ! Le secrétariat aux droits de l’homme est supprimé en juin 2009. En 2011, la France est 38ème dans le classement mondial sur la liberté de la presse. Les valeurs fondamentales, liberté (affaire des fadettes ...), égalité (stigmatisation des assistés, possédants favorisés...), fraternité (policiers contre magistrats, circulaire sur les Roms...) sont trahies.
La politique européenne. Nicolas Sarkozy participe à la transformation du G7 en G 20.
La gestion par la France (et par l’Allemagne) de la crise de 2008, fut catastrophique. Les dirigeants ont réussi la prouesse de transformer une crise venue initialement du secteur financier privé américain en une crise européenne durable des dettes publiques.* La politique d’austérité choisie est l’ennemie de la croissance particulièrement en Europe du Sud contrainte de servir d’abord les créanciers. L’Europe entre 2007 et 2012 ne pouvait fonctionner, or, ses institutions, ses traités, n’ont pas été modifiés.
La France a négligé des règles européennes de discipline budgétaire et créé de vives controverses.
La Cour européenne des droits de l’homme a condamné plusieurs fois la France.
La politique internationale.
Le 13/07/2008, Nicolas Sarkozy favorise l’Union de 43 pays pour la Méditerranée, renforçant le partenariat euro-méditerranéen mis en place en 1995 (puis, en 2009, la fondation des femmes pour la Méditerranée). Le premier projet, une usine de désalinisation de l’eau de mer pour Gaza dont 95 % de l’eau est impropre à la consommation, est labellisé le 22/06/2011. En 2012, ce projet évalué à 295 millions d’euros est toujours en attente faute de bailleurs de fonds. Les pays du Golfe vont apporter 50 % du total et la France apporte 10 millions d’euros pour inciter d’autres pays. L’usine n’entrera en activité que fin 2016.
Le 12/08/2008, Nicolas Sarkozy se rend à Moscou et évite l’annexion de la Géorgie par les Russes. Il accepte d’aider financièrement la Grèce. Au cours de son mandat, il a des relations vénales avec des émirs. Il reçoit Mouammar Kadhafi, en liaison, dit-on, avec la libération des infirmières bulgares, adresse de chaleureuses félicitations à Poutine en 2007, inverse ses relations avec la Chine en rencontrant le Dalaï-Lama en 2008 puis Hu Jintao en 2010. Il n’apporte que peu de soutien aux printemps arabes de libération. Il soutient les réfugiés libyens, sans vision stratégique de la situation.
Souhaitant légitimement transformer les relations avec l’Afrique, il commence bien en nommant dans le gouvernement Bernard Kouchner, Jean-Marc Bockel, Rama Yade, Jean-Christophe Rufin. Mais le désir de rupture est brisé par l’intervention subversive de Nicolas Sarkozy à Dakar le 27 juillet 2007 : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire... ». L’activisme de Claude Guéant et d’Henri Guaino bâillonnera les nommés face à une Afrique hostile. A Constantine en Octobre 2007 Nicolas Sarkozy affirme que le système colonial ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation.
L’éthique et la corruption. En 2011, l’indice de perception de la corruption pour la France est de 7/10, au 14ème rang européen. La Nouvelle Zélande occupe le 1er rang de l’éthique avec 9,5/10.
Nicolas Sarkozy voulait en finir avec les paradis fiscaux, il a bien lutté contre mais sans obtenir leur disparition. La Cour des comptes peut désormais examiner les dépenses de l’Elysée. Les moyens mis à la disposition de la Justice pour lutter contre la corruption ont été insuffisants. La gestion du Secret Défense n’a pas été transmise à une instance décisionnelle indépendante du président.
Les « Affaires » du mandat présidentiel. La République est dévoyée, en voie de berlusconisation :
l’argent de l’Etat est accordé aux amis tels que Bolloré ou Patrick Buisson...Le record est battu de ministres atteints par des scandales. La presse, avec une fréquence inégalée, heurte ses lecteurs avec des trafics d’influence, de la corruption active et des financements illégaux de campagnes électorales. Le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy s’adresse à l’électorat frontiste. A Keszey.

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