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17/01/2020

La passerelle François Coty, à Puteaux

TEXTE 1. François Coty fut-il fasciste ?

 Une passerelle neuve permet l’accès à l’île de Puteaux. Elle a reçu le nom de François Coty dont la personnalité et les faits de vie divisent la municipalité entre la majorité conduite par le Maire, Madame Ceccaldi-Raynaud, qui défend son choix et les opposants qui le combattent pour des raisons opposées : un nouveau conflit verbal empoisonné auquel les Putéoliens, malheureusement, sont habitués, avec regret.

Le livre de Ghislaine Sicard- Picchiottino, agrégée d’histoire-géographie, «François Coty. Un industriel corse sous la IIIème République », ALBIANA, est une étude « savante », profonde, dense, de la vie complète de François Coty, inscrite dans les contextes variables de l’époque. C’est un livre de 315 pages, au coût de 19 €. En fin de livre, 166 titres, sur sept pages, nous informent de la bibliographie concernant François Coty. Cette « masse » ne peut qu’alerter sur l’obligation de prudence avant de formuler des jugements péremptoires sur l’homme, qu’il s’agit, obligatoirement, de resituer dans son époque. Ces sources sont diverses, objectives ou partisanes. Les sources de l’auteur sont aussi extrêmement nombreuses, une centaine de sources, au moins : publications officielles, annuaires, atlas, dictionnaires, revues professionnelles, ouvrages à caractère de sources, témoignages...archives nationales, départementales et municipales, autres fonds publics et fonds privés…

Extrait 1 : le lien entre Puteaux et François Coty. Page 93. «... La société anonyme au capital de 500 000 F « Le jouet de France » est [ainsi] créée le 4 janvier 1917 ; elle a pour objet « la fabrication et la vente de jouets, jeux et articles de jeux, avec le concours des Mutilés de la guerre ». Outre la possibilité d’offrir à ces grands soldats un travail adapté à leurs moyens, l’entreprise tient à les intéresser financièrement au succès escompté : ainsi les bénéfices sont-ils répartis entre les actionnaires et le personnel. Cette nouvelle structure permet d’envisager une   installation beaucoup plus importante, une véritable usine équipée de machines-outils perfectionnées pouvant accueillir deux-cents mutilés. A cet effet, la société obtient un bail emphytéotique pour la location de l’île de Puteaux ; à charge pour les administrateurs d’effectuer des travaux d’exhaussement, travaux confiés aux éboueurs de Paris qui y déverseront quotidiennement les ordures de la capitale durant deux mois. Dans le courant de l’année, les bâtiments sont solennellement inaugurés en grande pompe par le président de la République, Raymond Poincaré, des ministres, le préfet, le gouverneur de Paris...Par ce geste, les civils de l’arrière manifestent leur solidarité, leur union, avec les soldats du front… 

Plus tard, les immenses bâtiments de l’île de Puteaux deviendront un lieu de fabrication des parfums. » 

Un parfait consensus reconnaît, en François Coty, un capitaine d’industrie remarquable, national, puis international, novateur dans la fabrication de parfums, à l’origine de la parfumerie moderne, avec une réussite hors du commun. Sa fortune, progressive, est devenue énorme ce qui l’engage à investir dans l’immobilier et les objets d’art : il utilise ses acquisitions immobilières, dont plusieurs sont grandioses, à des fins industrielles et privées. François Coty fut un mécène d’exception, reconnu, et un protecteur des humbles. Il développe une politique sociale qualifiée, à l’époque, de paternaliste (versements de pensions, assurances sociales, carnets de prévoyance, horaires aménagés pour les jeunes mères, confort quotidien pour les travailleurs dans les locaux de son entreprise, collaborateurs associés aux bénéfices dès 1910) …

Ce sont les réussites de sa vie.

Sa vie privée, commence par une enfance difficile, auprès de sa grand-mère, puisqu’il était sans mère ni père, avec leur départ contraint de la Corse. François Coty se mariera deux fois, avec des enfants de chaque mariage mais il ne reconnaîtra pas ceux de son second mariage qu’il entretiendra cependant, et divorcera deux fois. Le premier divorce a sérieusement amputé sa fortune et initié sa chute. Il finira sa vie dans la solitude.

Souvent, ses collaborateurs, au travail, ont regretté ses excès d’exigences et son autoritarisme. Mais «… François Coty a toujours eu la passion de créer du beau, du sublime, du rêve...avec l’exigence de perfection, voire de l’obsession qui l’habite »...

Le site https://fr.wikipedia.org/wiki/François_Coty présente la vie de François Coty de manière particulièrement travaillée, à partir de très nombreuses sources dont Véronique Coty et Ghislaine Sicard-Picchiottino. Des modifications du texte sont en cours. On peut s’informer cependant de façon fiable, sur ce site, en consultant les chapitres : l’industriel de la parfumerie, le milliardaire, le collectionneur de prestige.

Pendant sa vie, François Coty fut, à la fois, vilipendé et adulé. Ses engagements dans la presse et en politique constituent sa « zone grise », ouverte aux confusions éthiques dans la société complexe entre les deux guerres. Il a créé un impressionnant empire de la presse, républicain, bonapartiste et plébiscitaire. Selon une majorité de sources, il n’a pas réussi son engagement dans la presse, ni en politique, malgré ses initiatives permanentes et son fort désir de réussite. En politique, il fut « mouvant » : de gauche, de droite, de l’extrême droite, mais toujours attaché à la République, et, aussi, parfois, au-dessus des partis (en Corse, par exemple). François Coty fut résolument anti- communiste, avec une raison personnelle puisque ses biens de Moscou furent nationalisés : une perte considérable et inacceptable pour lui, évaluée à 4 millions de francs.

Extrait 2. «... Il fut aussi patriote convaincu, nationaliste, adepte de l’antiparlementariste : « sa vision d’un Etat fort, véritable garant de l’intérêt national, sa conception d’une économie structurée autour du corporatisme… » «... Quant au domaine de la politique internationale, les deux hommes (François Coty et Georges Gressent) se retrouvent dans leur haine et leur crainte mutuelle des « barbares » allemands et des slaves, ainsi que dans leur admiration sans borne pour l’Italie fasciste… »

Extrait 3. «... Pour François Coty, l’éducation du peuple est en effet essentielle et préalable à toute autre action ; car, pour lui, et en cela sa pensée se démarque de celle du dictateur italien, c’est par le peuple que le salut doit venir et non l’inverse ; il revient à une élite éclairée, à laquelle il appartient, de lui donner les moyens d’agir, et d’abord et avant tout de l’éduquer… »

Extrait 4. «... Le modèle italien, le régime mis en place par Mussolini [socialiste de gauche forte] durant les années vingt, suscite dans toute l’Europe, et en France en particulier, un certain intérêt : le parti national fasciste, crée en 1921, a su, comme le préconisait son programme, restaurer l’autorité de l’Etat, et surtout lutter contre les menées communistes en défendant la propriété privée, en interdisant les grèves et en combattant la lutte des classes. Certes, les méthodes employées et l’installation progressive de la dictature, effective à partir de 1926, diminuent notablement son capital de sympathie à l’étranger. Il n’en est pas moins vrai que la solution fasciste constitue tout au long de la décennie, une alternative à prendre en compte en matière de gestion de l’après-guerre et de mise en place d’une société nouvelle… »

Extrait 5. «... A l’étranger, l’Italie retient l’attention de François Coty et c’est tout d’abord vers Gabriele d’Annunzio  que se porte toute sa sympathie. Il admire également Mussolini, cet autre méditerranéen qui a su restaurer l’ordre dans un pays très éprouvé par la Grande Guerre, tenir en échec les menées communistes et développer une politique qui vise à redonner à l’Italie sa gloire passée. Mais il ne fait pas que l’admirer ; il lui écrit, lui rend visite à plusieurs reprises et verse aux œuvres sociales du régime une subvention annuelle de 20 millions jusqu’en 1926. A ce moment- là, l’infléchissement du régime vers une dictature le pousse à desserrer les liens qui l’unissent au Duce… »

Donc : François Coty fut-il « fasciste » ?

1926, c’est, en effet, le début de la dictature de Mussolini par l’approbation des lois fascistissimes et en avril 1926, Mussolini oppose, pour la première fois, fascisme et démocratie… François Coty ne semble pas avoir approuvé cette seconde période du fascisme italien, d’ailleurs réprouvée par l’Histoire.

«... Dans sa thèse consacrée à «  la Solidarité Française », Gilles Lahousse s’est attaché à démontrer que lors de la « période Coty », si l’image du mouvement correspond bien à « un badigeon à la romaine *», [René Raymond*] son contenu idéologique, par contre, s’inscrit clairement dans la tradition bonapartiste, chère à son fondateur, tout en s’ancrant dans la modernité ce qui le différencie des Jeunesses Patriotes. Il se refuse à voir dans la ligue du parfumeur corse une réplique du parti de Mussolini… » Gilles Lahousse se différencie de Laurent Joly.

« L’Ami du peuple », journal de François Coty, publie le 24/03/1933, la Réforme de l’Etat, plan de sauvetage de la France, marqué par la tradition plébiscitaire et non fasciste.

TEXTE 2. François Coty fut-il antisémite ? A suivre.

Annie Keszey.

07/01/2020

TSA. Changer la donne.

TSA. Changer la donne.

Les comportements traditionnels des personnels des Institutions spécialisées et autres personnels au contact des autistes, non astreints, pendant des décennies, à tenter l’insertion des handicapés dans le milieu ordinaire, doivent se former, afin d’appliquer les nouvelles directives officielles.

Ces directives, exigeantes, démocratiques, présentent un remarquable progrès, attendu depuis longtemps, qui devrait interrompre les souffrances, usantes, des handicapés et des familles d’handicapés assujettis à des décisions « dictatoriales » de responsables divers auxquelles ils ne pouvaient s’opposer.

Des lois, décrets, plans, textes officiels, rapports, livres, émissions et visites sont la base de cette formation. [Sont-ils inconnus de la majorité des personnels engagés ou ne sont-ils pas appliqués ? Ignorance redoutable ou irrespect des droits ?]

-La déclaration de l’UNESCO, à Salamanque, en 1994. Déclaration sur « l’école intégratrice qui doit mettre au point une pédagogie centrée sur l’enfant, capable d’éduquer tous les enfants, y compris ceux qui sont gravement défavorisés". Pour la France, l’application sera longue !

- La Convention relative aux droits des personnes handicapées de l’ONU. L’objectif est la pleine jouissance des droits humains fondamentaux par les personnes handicapées et leur participation active à la vie politique, économique, sociale et culturelle. Elle a été adoptée le 13/12/2006, appliquée à partir du 3/05/2008 mais avec   des délais très variables.

- La loi n° 2005-102 du 11/02/2005, pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

« Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant. »

- Le décret n°2009-378 du 2/04/2009, relatif à la scolarisation des enfants, des adolescents et des jeunes adultes handicapés et à la coopération entre les établissements mentionnés à l’article L 351-1 du code de l’Education et les établissements et services médico-sociaux mentionnés aux 2° et 3° de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles.

- L’article 52 II de la loi 2016- 1088 du 8/08/2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels. Modalités de mise en œuvre du dispositif d’emploi accompagné en faveur des travailleurs handicapés, de contractualisation entre le salarié, l’employeur et le prestataire chargé du dispositif et définition des financements pouvant être mobilisés dans ce cadre.

- Le décret 2016- 1899 du 27/12/2016 modifié par le décret du 3/04/2017, relatif à la modernisation de la médecine du travail.

- Le Décret n° 2017-473 du 3 avril 2017 modifiant le décret n° 2016-1899 relatif à la mise en œuvre du dispositif d'emploi accompagné et au financement du compte personnel de formation des travailleurs handicapés.

- La loi du 5/09/2018, modifiée le 23/05/2019, pour la liberté de choisir son avenir professionnel.

-Le rapport 2017 de Josef Schovanec, écrivain et autiste.

- Le rapport sur l’autisme de Didier Migaud de la Cour des Comptes, le 24/01/2018 : onze recommandations.

- Les rapports du Sénat sur l’autisme. 

- Le message du Secrétaire général de l’ONU, Monsieur António Guterres, en 2019. « En cette journée mondiale de la sensibilisation à l’autisme, réaffirmons notre attachement à ces valeurs – qui comprennent l’égalité, l’équité et l’inclusion – et à la promotion de la pleine participation de toutes les personnes atteintes d’autisme, en veillant à ce qu’elles aient les outils nécessaires pour exercer leurs droits et leurs libertés fondamentales…

- L’intervention de Madame Catalina Devandas - Aguilar, rapporteur spécial de l’ONU sur les droits des personnes handicapées, en 2017.

- Le 4ème Plan « TSA », gouvernemental 2018-2022. La stratégie nationale est centrée sur le diagnostic le plus précoce possible et la scolarisation. https://informations.handicap.fr

- Le rapport de l’IGAS et de l’IGF sur les ESAT : 18/11/2019. Il analyse également les facteurs qui entravent l’évolution des travailleurs handicapés concernés vers l’emploi en milieu ordinaire. Il débouche sur des recommandations opérationnelles visant à faciliter les allers-retours entre le milieu protégé et le milieu ordinaire et propose de déployer beaucoup plus largement « l’emploi accompagné ».

- Les recommandations des bonnes pratiques de la HAS. https://www.has-santé.fr

- Association « Vivre et travailler autrement» J. F. Dufresne.

- Vidéo : Yann Bucaille (-Lanrezac), le patron des « Cafés joyeux ». Facebook TF1.

- Les livres de Sophie Janois-Payot, avocate, de Catherine Milcent, médecin, de Tony Attwood, psychologue britannique, de Marie-Josée Cordeau, autiste Asperger du Québec…

- Les visites d’un Institut médico- éducatif, d’un Institut médico-professionnel, d’un Centre d’Initiation au Travail et aux loisirs.

- Le film « Hors normes ».

- La vidéo de Kahina, maman d’un fils autiste, adressée au Président de la République, le 05/01/2020-8229312.php. https://leparisien/val-d-oise-95/arnouville...

- https://www.inserm.fr

- https://www.fondationorange.com

- https://handicap.gouv.fr  

Les évaluations globales des IME, IME Autisme et des CITL du 92, par exemple, ne seront accessibles, sans doute, qu’ultérieurement, malgré de longues recherches récentes. Une donnée essentielle est en attente : Quel est le pourcentage des « élèves » de ces centres spécialisés inclus dans le milieu ordinaire pour y exercer un emploi stable et rémunéré ? 

Annie Keszey  aidante d’un autiste et de sa famille.

 

 

 

01/01/2020

LE CAPITAL AU XXIème siècle. Thomas PIKETTY.

Les livres du Nouveau Monde. Seuil. 25 €.

« Thomas Piketty vient de nous rappeler que l’héritage est un chemin plus sûr vers la richesse que l’entreprise et le travail. » Alain Touraine.

« Le livre démolit le mythe le plus cher des conservateurs : leur insistance à considérer que nous vivons dans une méritocratie dans laquelle la grande richesse est gagnée et méritée. » Paul Krugman.

Thomas Piketty est directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’école d’économie de Paris. La lecture de son livre de 976 pages « Le capital au XXIème siècle », résultat de 15 ans de recherches, est un important travail d’une cinquantaine d’heures tant la précision du vocabulaire spécifique nécessaire à la compréhension des lois économiques, la finesse des démonstrations, l’abondance des graphiques et des tableaux et la nouveauté des conclusions requièrent du lecteur une concentration soutenue. Après la lecture, une attention particulière doit être portée aux critiques contre Thomas Piketty surtout énoncées par des idéologues ultra-conservateurs.

La démarche de recherche, écrit Thomas Piketty, est systématique et méthodique, à défaut d’être pleinement scientifique.

L’auteur est sans doute le plus grand économiste politique et historique d’aujourd’hui : l’expérience historique demeure la principale source de connaissances. Sa thèse fait l’objet de commentaires internationaux : Paul Krugman et Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, par exemple, également préoccupés par la question de la cupidité et des inégalités de revenus, débattent avec lui, aux Etats-Unis, à propos surtout de l’étude approfondie des inégalités aux USA, de Piketty, extension du travail déjà novateur de Kuznets.

Thomas Piketty se distingue par la fiabilité, la diversité et la taille considérable de ses sources. Il a utilisé deux sources principales, la World Top Incomes Database (WTID), issue du travail combiné d’une trentaine de chercheurs mondiaux et une seconde source en sous-ensembles : les déclarations de revenus issues des impôts, les déclarations de successions issues des impôts, les sources patrimoniales…

Ses nouvelles connaissances appuyées sur des faits établis critiquent les théories économiques passées, usant trop de modèles mathématiques et de spéculations idéologiques. Il travaille sur le long terme historique et sur un espace très vaste, celui du monde et de nombreux états, ce qui est nouveau. Il introduit l’économie au sein d’une pluralité de disciplines et d’approches salariales et sociales, patrimoniales et culturelles. Il n’oublie pas les apports de la littérature : ceux d’Honoré de Balzac et de Jane Austen, par exemple, connaisseurs des patrimoines de leurs temps. Il s’oppose à tout combat bipolaire tel que celui de 1917- 1989, dont les affrontements entre capitalisme et communisme, entre autres, ont stérilisé la recherche.

Son but est d’éclairer sur le danger d’aujourd’hui que représentent le décrochage des plus hautes rémunérations et, plus encore, la concentration extrême des patrimoines qui menacent les valeurs de méritocratie et de justice sociale des sociétés démocratiques.

Thomas Piketty décrypte donc le passé économique pour proposer des solutions d’inversion des tendances antidémocratiques. Les informations suivantes choisies pour leur importance ne prétendent évidemment pas être exhaustives.

  1. Des constats.
  2. Des propositions.

Des constats.

L’inégalité mondiale oppose des pays où le revenu moyen par habitant est de l’ordre de 150-250 € par mois (l’Afrique subsaharienne, l’Inde) à des pays où le revenu par habitant atteint 2500- 3000 € par mois (l’Europe occidentale, l’Amérique du Nord, le Japon) entre dix et vingt fois plus. La moyenne mondiale, qui correspond approximativement au niveau de la Chine, se situe autour de 600- 800 € par mois. L’expérience historique suggère que le principal mécanisme permettant la convergence entre pays est la diffusion des connaissances, au niveau international comme au niveau domestique.

Les inégalités de revenus augmentent.

Le patrimoine des plus riches s’accroît.

Le rendement du capital est supérieur au taux de croissance. Une grande partie de la richesse est ainsi siphonnée vers les plus riches. Entre 1987 et 2013, le patrimoine global mondial a augmenté de 4 % par an pour 3.3 % de croissance. Le patrimoine des plus riches a augmenté de 6.8 % par an, 3 fois plus vite que le patrimoine moyen par adulte. La principale force déstabilisatrice du capitalisme est liée au fait que le taux de rendement privé du capital r peut être fortement et durablement plus élevé que le taux de croissance du revenu et de la production g. L’inégalité r > g implique que les patrimoines issus du passé se recapitalisent plus vite que le rythme de progression de la production et des salaires. Cette inégalité exprime une contradiction logique fondamentale. L’entrepreneur tend inévitablement à se transformer en rentier et à dominer de plus en plus fortement ceux qui ne possèdent que leur travail. Une fois constitué, le capital se reproduit tout seul, plus vite que ne s’accroît la production. Le passé dévore l’avenir.

Les héritiers seront de plus en plus favorisés. Après avoir chuté à la suite des 2 guerres mondiales, le patrimoine mondial qui représentait de 2 à 3 années de revenu planétaire en 1950, atteint de 4 à 5 années de revenu aujourd’hui. Si rien n’est fait, il représentera 7 années de revenus en 2100 et sera réparti de façon de plus en plus inégalitaire.

Des propositions.

Le problème de l’inégalité r > g n’admet pas de solution simple. La croissance peut certes être encouragée, en investissant dans la formation, la connaissance et les technologies non polluantes. Mais cela ne fera pas monter la croissance à 4 % ou 5% par an. L’expérience indique que seuls des pays en situation de rattrapage par rapport à d’autres, comme l’Europe pendant les Trente Glorieuses, ou la Chine et les pays émergents aujourd’hui, peuvent croître à de tels rythmes. Pour les pays qui se situent à la frontière technologique mondiale, et donc un jour ou l’autre pour la planète dans son ensemble, tout laisse à penser que le taux de croissance ne peut guère dépasser 1 %- 1.5 %, par an à long terme, quelles que soient par ailleurs les politiques suivies.

Avec un rendement moyen du capital de l’ordre de 4 %-5 %, il est donc probable que l’inégalité r> g redevienne la norme au XXIème siècle, comme elle l’a toujours été dans l’histoire…Au XXème siècle, ce sont les guerres qui ont fait table rase du passé et qui ont fortement réduit le rendement du capital, donnant ainsi l’illusion d’un dépassement structurel du capitalisme et de cette contradiction fondamentale.

On pourrait certes taxer assez fortement le rendement du capital de façon à abaisser le rendement privé au- dessous du taux de croissance. Mais si l’on fait cela de façon trop massive et trop uniforme, alors on risque de tuer le moteur de l’accumulation et d’abaisser encore un peu plus le taux de croissance. Les entrepreneurs n’auront même pas le temps de se transformer en rentiers puisqu’il n’y en aura plus.

La bonne solution est l’impôt mondial et progressif annuel sur le capital : une utopie utile. Il est ainsi possible d’éviter la spirale inégalitaire sans fin, tout en préservant les forces de la concurrence et les incitations à ce que de nouvelles accumulations primitives se produisent sans cesse. Par exemple nous avons évoqué la possibilité d’un barème d’imposition avec des taux limités à 0.1 % ou 0.5 % par an sur les patrimoines inférieurs à 1 million d’euros, 1 % entre 1 et 5 millions d’euros, 2 % entre 5 et 10 millions d’euros et pouvant monter jusqu’à 5 % ou 10 % par an pour les fortunes de plusieurs centaines de millions ou plusieurs milliards d’euros. Cela permettrait de contenir la progression sans limite des inégalités patrimoniales mondiales, qui s’accroissent actuellement à un rythme qui n’est pas soutenable à long terme, ce dont même les plus ardents défenseurs du marché autorégulé feraient bien de se soucier. L’expérience historique indique en outre que des inégalités de fortune aussi démesurées n’ont pas grand-chose à voir avec l’esprit d’entreprise et ne sont d’aucune utilité pour la croissance. Elles ne sont d’aucune « utilité commune » pour reprendre la belle expression de l’article premier de la Déclaration de 1789 …

La difficulté est que cette solution, l’impôt progressif sur le capital, exige un très haut degré de coopération internationale et d’intégration politique régionale…Elle n’est pas à la portée des Etats-nations dans lesquels se sont bâtis les compromis sociaux précédents…Un tel impôt peut toutefois être instauré à une échelle régionale ou continentale en commençant par les pays qui le souhaitent.

Pour réduire la dette publique, la solution la plus satisfaisante consiste à prélever un impôt exceptionnel sur le capital privé. Par exemple, un impôt proportionnel de 15 % sur tous les patrimoines privés rapporterait près d’une année de revenu national et permettrait donc de rembourser immédiatement toutes les dettes publiques.

Il semble qu’il n’y a pas véritablement d’autre choix, pour reprendre le contrôle du capitalisme que de faire le pari de la démocratie jusqu’au bout, en particulier à l’échelle européenne…

La crainte est que les réponses apportées ne soient modestes et inefficaces par exemple sous la forme de replis nationalistes de diverses natures.

Au niveau européen, une augmentation de l’impôt sur le revenu des plus aisés, à hauteur de 80 % par exemple, pour les revenus annuels supérieurs à 370 000 ou 740 000 € serait efficace.

Le marché et le vote ne sont que deux façons polaires d’organiser les décisions collectives : de nouvelles formes de participation et de gouvernance sont à inventer. La transparence économique et financière est un enjeu de gouvernance démocratique…Plutôt que de s’inquiéter de la dette publique (qui est très inférieure aux patrimoines privés, et qui dans le fond peut-être supprimée assez facilement) il serait plus urgent de se soucier d’augmenter notre capital éducatif et d’éviter que notre capital culturel ne se dégrade…Le patrimoine public net est certes quasi nul du fait des dettes publiques mais le patrimoine privé est tellement élevé que la somme des deux n’a jamais été aussi élevée depuis un siècle. Donc l’idée selon laquelle nous serions sur le point de laisser des dettes honteuses à nos enfants et petits- enfants…n’a tout simplement aucun sens !...

Les chercheurs en sciences sociales de toutes les disciplines, les journalistes et les médiateurs de tous supports, les militants politiques et syndicaux de toutes tendances, et surtout tous les citoyens devraient s’intéresser sérieusement à l’argent, à sa mesure, aux faits et aux évolutions qui l’entourent. Ceux qui en détiennent beaucoup n’oublient jamais de défendre leurs intérêts. Le refus de compter fait rarement le jeu des plus pauvres. »

     Annie Keszey