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12/06/2012

NECESSITE D'UN GOUVERNEMENT D'UNION NATIONALE.


La bataille entre candidats lors de la dernière campagne pour l’élection présidentielle a aggravé la désillusion politique du peuple. Le clivage ancien, brutal, entre la droite et la gauche et le renforcement du Front national ne répondent plus aux enjeux d’un avenir difficile, ni aux attentes d’une meilleure démocratie. Des intellectuels, des journalistes et des engagés politiques souhaitent la fin de ces divisions de la Nation et proposent, à partir de procédures diverses, des gouvernements d’Union Nationale.

Trois nouvelles propositions, pour la France, dans ce sens, ouvrent la voie : celle de Luc Ferry, philosophe et ancien ministre de l’Education Nationale (luc.ferry@yahoo.fr), celle de Maurice Szafran, directeur de la publication de l’hebdomadaire Marianne et celle de Jean-François Kahn exposée dans « La catastrophe du 6 mai 2012 » aux éditions Plon. D’autres suivront. Dimitris Dimitriadis, dramaturge et essayiste grec, attend, pour son pays, une évolution similaire des institutions.
François Bayrou, homme politique en avance sur son temps, mal entouré, mais exceptionnellement lucide et courageux pour préférer des valeurs à sa carrière, a déjà préparé un avenir au-dessus des clivages. Précurseur, il mérite le respect. Le PS ne sortirait pas grandi s’il n’évitait pas la défaite de François Bayrou aux législatives, dans son fief, le 17/06/2012. Les voix du MoDem, partiellement, ont facilité l’élection de François Hollande et l’argument du PS, pour maintenir sa candidate face à François Bayrou, ne tient pas. François Bayrou appuierait toutes les mesures gouvernementales de réduction de la dette, de  justice fiscale et de  ré-industrialisation, par exemple. François Bayrou témoigne d’un avenir souhaitable, à parfaire, il ne peut être réduit au silence.
Dans sa chronique du journal Le Figaro du 7/06/2012, Luc Ferry dénonce la déraison et l’absurdité  de la Monarchie élective française, puisque le pouvoir d’un seul concentre entre ses mains toutes les décisions. Les citoyens adultes ne sont libres qu’une fois tous les cinq ans quand ils votent pour leur chef. Ce chef procède à toutes les nominations d’importance et Luc Ferry, à partir de son expérience de ministre, a pu constater à quel point ce petit monde finit par s’aplatir devant le président. Les ministres risquent leur place à la moindre incartade, dès qu’ils déplaisent au souverain.
Or, est-il « normal » que face à la complexité de nos économies, face à la dette publique, face à la nécessité politique et morale de rassembler, face aussi à cette mondialisation qui suppose des compétences internationales tous azimuts, on confie à un homme seul le soin de décider de tout ?
La loi de la majorité est la loi même de la démocratie mais est-ce une raison pour que le point de vue de 49% des Français, contre celui de 51% soit anéanti pour cinq ans ?
Croire ou faire croire qu’entre un camp et un autre on passe de l’ombre à la lumière est d’une telle absurdité qu’on est navré de voir nos électeurs fonctionner à 100% sur un principe aussi absurde.
Luc Ferry rejette l’idée du philosophe Castoriadis qui proposait de faire exploser le régime représentatif  au profit d’une démocratie directe. Il préfèrerait le système parlementaire allemand qui imposa parfois des gouvernements d’unité nationale ou le système du conseil suisse qui offre l’avantage d’inscrire l’impératif de délibération au cœur du pouvoir centralisé.
Luc Ferry avait plutôt, jusqu’à présent, un penchant pour la droite politique dont l’échec récent l’aura sans doute libéré pour proposer ce progrès de rassemblement.

Maurice Szafran, dans le n° 789 de Marianne, justifie son appui récent au PS et aux sociaux- démocrates, dans leur diversité, afin qu’une alternative au capitalisme financier qui détruit les sociétés démocratiques soit construite. Les centristes à la Bayrou, les vrais gaullistes, la gauche de la gauche façon Mélenchon, les démocrates-chrétiens, les républicains se reconnaissant en Chevènement et les humanistes ont leur place dans cette force politique indispensable à la réussite économique, sociale et morale.
Dimitris Dimitriadis voit dans la crise grecque actuelle la conséquence de trois siècles d’errements. La Grèce est morte. Ce pays par excellence historique est bloqué dans le mécanisme de l’Histoire. L’Etat appartient aux partis, et le parti utilise et exploite les ressources de l’Etat pour maintenir son système de clientèle…Le peuple grec aussi est coupable, il a vécu dans une facilité et une frivolité le conduisant à accepter tous les arrangements…L’actuel Pasok affiche comme référence suprême Andréas Papandréou qui a été le grand démolisseur de notre pays sur le plan moral, sur le plan de la langue, sur le plan des mœurs. Pour moi, il a été la Ceausescu grec (exactions mises à part) : ses victoires ont reposé pendant trente ans sur l’achat de votes par dizaine de milliers, comme une équipe de foot constitue des rangs de fanatiques. Je crois que le système politique grec actuel est incapable de créer une nouvelle étape…Faire émerger un changement profond, pour le moment, c’est quasiment de l’ordre de l’utopie…Si on parle de la Grèce comme « berceau de notre civilisation », il faut bien voir que ce berceau est devenu tombeau. Mais le tombeau peut à son tour devenir berceau…La situation est critique, mais l’on ne voit pas de véritable alternative sur le plan politique : on dit qu’il y a des jeunes gens très bien dans notre pays qui ont étudié à l’étranger, qui pourraient prendre la relève, mais ils sont sans force, sans organisation et on ne les voit pas…Peut-être est-il temps d’inventer une autre manière de gouverner ?...

Jean-François Kahn, journaliste et écrivain, s’insurge  contre «  la catastrophe du 6 mai 2012 ». La victoire de François Hollande  fut une victoire d’apparence et la réalité terrible, angoissante, effrayante même, risque de précipiter notre pays dans un cauchemar. Au concept de gouvernement d’Union Nationale, il substitue celui de « convergences créatrices » dont le développement suit dans la prochaine publication.
www.atelier-idees.org
Annie Keszey.

01/06/2012

LA NORMALITE EXTRAORDINAIRE.

Clothilde LEGUIL, psychanalyste.

La majorité des Français a exprimé ce qui lui manquait : une idée de notre humanité.

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Au président super actif, superhéros, une majorité de Français, pas tous certes, mais la majorité  tout de même, a préféré l’homme normal, François Hollande, sobre, presque discret, simple, qui jusque- là se déplaçait en scooter, et ressemblait à certains égards à tout le monde (bien qu’en réalité son parcours personnel soit exceptionnel). Peut-être alors faut-il s’interroger sur le sens de cette normalité qu’Hollande a lui-même déclinée comme une exemplarité, soit non pas tant la normalité de l’homme du commun, que celle de l’homme juste qui est à même d’incarner la norme pour donner l’exemple…
N’est-ce pas l’homme qui incarne modestement une éthique le traversant, plutôt que celui qui se veut hors du commun et que rien n’arrête qui est l’homme de la situation ? N’est-ce pas l’homme qui n’a pas d’ego ni de narcissisme- puisque c’est ce qui est dit de François Hollande par ceux qui le fréquentent (cela lui permet d’ailleurs d’avoir de l’humour, autre trait nouveau pour un président)- plutôt que l’homme qui en met plein la vue et subjugue tout un chacun par ses performances?...
L’homme normal, celui dont le surmoi lui dit  peut-être de s’effacer derrière la fonction qu’il occupe, devient alors un homme exceptionnel qui, derrière une discrétion et une absence d’extravagance, laisse apparaître une détermination précisément hors du commun…
En ces temps de crise, en choisissant l’homme normal, les Français ont dit ce qui leur manquait, ce qu’ils désiraient : non pas tant de tout avoir et de croire que tout sera un jour possible, mais de préserver, malgré les turbulences économiques, une idée de notre humanité, une idée de la valeur de notre parole et de nos existences, par-delà l’accélération du temps et l’exigence de nouveautés incessantes qui caractérisent les égarements d’une époque insatiable et déshumanisante.
Extraits de la page 29 du n°  787 de Marianne.
www.atelier-idees.org
Annie Keszey.