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18/06/2013

LE DROIT DE SAVOIR.

Edwy Plenel. Directeur de Mediapart. Editions Don Quichotte.

Edwy Plenel décrit le métier de journaliste tel qu’il le conçoit et tel qu’il devrait être: démocratique, rigoureux, courageux et libre. Il traque la vérité afin d’honorer le droit de savoir, démocratique, des peuples. Son « manifeste professionnel », fondé sur des valeurs fortes et rares, est porteur d’espoir, pour le lecteur.

Extraits discontinus.

« Un journaliste fait donc son travail quand il apprend au public ce qui lui échappe, ce qu’on ne voudrait pas qu’il sache, ce qu’on lui dissimule ou qu’on lui cache, ce qui lui est méconnu ou inconnu, bref tout ce qui ne ressort pas de la communication, d’où qu’elle vienne…Or, bizarrement, dans le débat public français, c’est à ce moment précis que le journaliste se fait mal voir. Le voilà brocardé alors même qu’il s’accomplit en jouant son rôle d’apporteur de nouvelles inédites, nouvelles dérangeantes ou mauvaises, indociles et imprévues, incroyables ou impensables, nouvelles qui bousculent les certitudes, ébranlent les opinions, déstabilisent les réputations. Calomnié à cet instant où, sortant de sa routine et prenant des risques, il accomplit la promesse professionnelle qui lui fut enseignée d’être d’abord loyal envers les citoyens en leur dévoilant les vérités les plus utiles, celles qui font réfléchir, celles qui mettent en branle et en mouvement, celles qui découvrent l’impossible et ouvrent le possible. Bref, celles qui nous font sortir des chemins balisés…
La question de l’information, avant de devenir un enjeu professionnel ou une affaire économique, est au cœur de la vitalité démocratique elle-même…Le droit de savoir des citoyens est à la source de la légitimité des journalistes: la responsabilité qui leur incombe est de créer les conditions de cette autonomie politique des individus sans laquelle le collectif démocratique n’est qu’une imposture ou une mascarade…Garantie essentielle contre le retour de la barbarie, il est énoncé à l’article 19 de la déclaration des droits de l’homme du 10 décembre 1948, dans une formulation qui anticipe l’avènement technologique d’internet en défendant une circulation « sans frontières » des informations : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »…Or, la culture française reste celle d’un droit d’accès difficile, indirect, complexe, dissuasif, lourd et lent, parsemé d’embûches et d’obstacles. Nous sommes bien loin d’une loi fondamentale instaurant la liberté d’information comme une règle qui s’impose à tous les tenants d’une quelconque autorité publique…
Le droit de savoir est ce pouvoir de tous qui, par la publicité sur les affaires publiques, arrête l’abus de pouvoir
Les secrets les plus redoutables que le journalisme doit affronter s’il entend être au rendez-vous de son devoir démocratique d’information envers le public (sont) les secrets d’argent, roi ou fou comme l’on voudra, dans tous les cas de l’argent qui s’érige en maître, instituant de nouvelles féodalités aux privilèges imprenables et intouchables…
Les paradis fiscaux sont le théâtre où les millionnaires affrontent les pauvres, les multinationales les citoyens, les oligarchies les démocraties : à chaque fois, le plus riche l’emporte… Environ 85% des opérations bancaires internationales et des émissions d’obligations sont effectuées via ce que l’on appelle l’euromarket, un espace offshore apatride. Le FMI a évalué en 2010 que le bilan cumulé des petits paradis fiscaux insulaires s’élevait à 18 000 milliards de dollars- une somme équivalente à un tiers du PIB mondial- précisant que ce montant était sans doute sous- estimé…(Nicholas Shaxson cité par Edwy Plenel).
Les banques françaises, notamment BNP- Paribas, Crédit agricole et Société générale, comptent ainsi 24 filiales dans les Caïmans, 12 dans les Bermudes, 19 en Suisse, 29 à Hongkong et 99 au Luxembourg…
Savoir, donc. Démasquer l’imposture. Percer le secret. Regarder la réalité. Affronter la vérité.
Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges…(Friedrich Nietzsche cité par Edwy Plenel). Il ne suffit pas de croire que l’on pense politiquement juste pour informer vrai. C’est même souvent le contraire… L’opinion ne se confond pas avec l’information…
La liberté d’opinion, écrit Hannah Arendt (citée par Edwy Plenel) est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat, et c’est pourquoi les vérités de faits sont les vérités politiquement les plus importantes…
Seuls comptent la vérité des faits, le sérieux de l’enquête, la légitimité de l’information, la bonne foi du travail journalistique.
La démocratie, dans cet esprit, ce n’est pas simplement «  tout dire », mais « tout dire indexé à la vérité ». Ce n’est pas l’aveu, mais l’échange; pas la confession, mais la relation ; pas la dénonciation, mais l’élévation. Bref, il s’agit de dire la vérité pour créer du lien et construire ensemble…( Michel Foucault cité par Edwy Plenel).
   
Le vrai courage c’est, au-dedans de soi, de ne pas céder, ne pas plier, ne pas renoncer. Être le grain de sable que les plus lourds engins, écrasant tout sur leur passage, ne réussissent pas à briser…

L’on est homme seulement si l’on est libre de la soumission à une autorité souveraine. Ni le monde, ni la vie n’ont de sens en dehors de celui que nous construisons par l’engagement de notre responsabilité. Jean-Pierre Vernant, (cité par Plenel), évoquait la dette et l’hospitalité. Notre dette des uns aux autres, infiniment, dans une chaîne sans fin ni frontière, dans l’espace comme dans le temps. Cette dette dont la conscience nous fera accueillir l’étrange et l’étranger, l’inconnu comme l’imprévu lorsqu’ils frapperont inopinément à nos portes.
A  condition cependant que nous ayons appris à vivre en vérité. Et que, par conséquent, nous n’ayons pas renoncé à savoir. »

www.notreputeaux.com

Annie Keszey.

 

26/05/2013

L'IMMIGRATION. LA VERITE DES NOMBRES.

Pierre Henry, directeur de France Terre d’Asile et auteur du dico Atlas des migrations, chez Belin. D’après une publication du Nouvel Observateur n° 2532- 16 mai 2013.


Sur les 7 milliards d’habitants de la planète, seuls 215 millions migrent d’un pays vers un autre pour y résider : 3% de la population mondiale.
Beaucoup d’Européens croient encore que ces 3% viennent frapper à leur porte. Il n’en est évidemment rien.
Les migrations Sud/Sud, des pays en développement vers des pays en développement, concernent 1/3 des migrations, soit 73 millions, à peu près autant que les migrations Sud/Nord, des pays en développement vers les pays à fort développement économique, soit 74 millions.
En Afrique subsaharienne, les « cerveaux » représentent 3% de la population mais 35% des migrants, dont les 2/3 migrent en Afrique. 40 % des travailleurs africains hautement qualifiés  ont quitté leur pays ces dernières années dont 67% du Cap-Vert et 63% de la Gambie.
De 1926 à 2009, la proportion d’étrangers dans la population en France est restée constante: 6%. Ce taux est loin d’être le plus élevé du monde:
-    7.5% en Allemagne, au Royaume-Uni, en Espagne, en Autriche…
-    35 % au Luxembourg,
-    69 % au Koweït,
-    86.5% au Qatar !
La France n’est pas non plus la nation qui octroie le plus facilement sa nationalité. En 2010, avec un taux d’acquisition d’environ 2 pour 1000 habitants, elle se plaçait en 8ème position en Europe, loin derrière le Luxembourg, premier pays sur la liste, avec 8 pour 1000 habitants et derrière la Suède, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Espagne…
L’Allemagne a accueilli un million d’immigrés en 2012!
L’immigration augmente actuellement à partir des victimes des méfaits du changement climatique. Des milliers de personnes quittent des zones définitivement inondées.
Pourquoi, dans la masse des informations quotidiennes, choisir des données statistiques, de source fiable, sur l’immigration ? Parce que les politiques d’extrême droite tentent de manipuler, tétaniser, effrayer, désespérer les peuples en agitant déraisonnablement l’épouvantail d’une multitude inéluctable, dévastatrice, d’islamistes radicaux en France et en Europe.

Une seconde pratique idéologique destructrice de ces extrêmes est d’ignorer les populations musulmanes équilibrées, modérées, de l’Indonésie pacifique, de la Tchétchénie martyre, du Pakistan, de l’Egypte, de la Turquie, de la Tunisie, de l’émigration… qui militent pour instaurer la démocratie en terre d’Islam ou respectent les démocraties d’accueil.
Habib Kazdaghli, par exemple, est un combattant humble et prestigieux à la fois, doyen de la faculté de lettres de la Manouba, qui a maintenu la laïcité dans son établissement tunisien, depuis la révolution du printemps arabe, malgré la rudesse des oppositions religieuses fanatiques. Ces intelligences libératrices souhaitent être soutenues et non fondues dans un amalgame, par des opportunistes, uniquement soucieux d’accaparer quelques pouvoirs nés de populismes.

David Cameron, Premier ministre britannique, a déclaré que l’acte meurtrier commis le mercredi 22 mai 2013, à Londres, par deux hommes au discours d’extrémistes islamistes, à l’encontre d’un militaire, était « une trahison de l’Islam ». Il a estimé que ce geste nuisait énormément à la communauté musulmane « qui apporte tant à la Grande Bretagne »… « L’extrémisme sera vaincu en restant unis »…
www.atelier-idees.org        www.notreputeaux.com        Annie Keszey.

20/05/2013

MARIANNE ET "L'OBS" censurés à Puteaux.

ŒIL POUR ŒIL.

Extrait du numéro 839 de Marianne, du 18 au 24 mai 2013. Article de Guy Konopnicki, page 27.

« La bibliothèque municipale de Puteaux (92) renonce, pour des raisons budgétaires, à présenter Marianne et le Nouvel Observateur sur ses rayonnages. C’est par un pur hasard que la maire de Puteaux, Joëlle Ceccaldi-Raynaud, a pris cette décision après la publication dans Marianne d’une enquête sur les parrains du 92, fondée sur l’ouvrage de Noël Pons et Jean-Paul Philippe, 92 Connexion. Joëlle Ceccaldi-Raynaud ne s’abaisserait pas à censurer un journal qui a évoqué la procédure fiscale et judiciaire ouverte à son encontre, pour la bagatelle de 4 millions d’euros, sur un compte ouvert à son nom au Luxembourg. Les finances de la ville peuvent difficilement supporter les abonnements. Il y a des priorités sociales, la municipalité dépense 2 millions par an en champagne et petits fours. Une sorte de resto du cœur. »

L’essentiel, donc, est de redonner aux journaux exclus la possibilité de rejoindre rapidement, au moins un rayon de la médiathèque centrale. La démocratie locale ne peut s’affaiblir puisqu’elle doit progresser. Citoyenne ordinaire de Puteaux, j’achète régulièrement Marianne et dès sa lecture terminée, j’en ferai cadeau à la médiathèque avec un retard le plus bref possible. Je lisais peu souvent le Nouvel Observateur, mais vais procéder à la régularisation nécessaire pour le déposer chaque semaine également. En cas d’absence prévue, je remettrai les sommes nécessaires à leur acquisition.

Marianne est un des rares hebdomadaires attachés à la très difficile nécessité démocratique «  de dire la vérité », aux citoyens, en se dégageant des déformations idéologiques de la presse courante manipulatrice. Dans ce numéro 839, l’éditorial de Jacques Julliard sur les  sept plaies du foot est un modèle d’analyse expérimentée, pertinente, complète, qui apaise le lecteur parce qu’il faut, au moins, que ces vérités soient dites, bien dites. La synthèse marque par sa profondeur inversement proportionnelle à sa brièveté : « nous sommes si fiers de notre PSG qu’à l’avenir il n’aura pas le droit de célébrer ses victoires dans la capitale ».
Maurice Szafran, autre journaliste remarquable, respecte toujours le lecteur auquel il expose ses intentions,  ses difficultés, ses convictions et ses doutes. Qui pourrait s’opposer à son désir de contribuer à la construction citoyenne de la République ?
D’autres talents réguliers ou occasionnels tentent de nous éclairer sans occulter la complexité des données et, parfois, nous laissent devant les contradictions inconciliables d’opinions diverses. Les extraits du dernier livre pamphlétaire de Jean François Kahn, au style atypique, dense, positivement exubérant, rencontrent, dans ce même numéro, les critiques de la droite et de la gauche, de patrons, d’essayistes et d’économistes…Publier Christophe Cambadélis, Nicolas Baverez et Alain Minc, par exemple, sur un même support et autour d’une même œuvre politique de Jean-François Kahn, c’est s’opposer à la censure et permettre aux citoyens de surplomber les données afin de les clarifier. La critique totale d’Alain Minc « un ensemble vide » du livre de Jean- François Kahn  en dit plus sur ses propres errances épistolaires que sur la thèse de l’auteur.
Nicolas Bedos écrit une page chaque semaine dans Marianne : le journal mythomane. Sa créativité littéraire qui utilise les trois registres de langue et ses propos, parfois apparemment impitoyables, sont un bonheur. Dans le numéro précédent, 838, Isabelle Adjani et Nicolas Sarkozy sont ses deux personnages dans « le bruit du silence ».
Un extrait : « …Dans la famille des grandes artistes qui ont fait du silence leur outil promotionnel (dont Isabelle Adjani que Bedos adore), j’appelle à présent Nicolas Sarkozy…Nicolas Sarkozy ! A mesure que Hollande s’enferre dans une crise mortifère, l’ omniabsent rival redore son blason pour pas cher. L’avantage de sa retraite bidon ? De même que l’argent des très riches enfle pendant qu’ils bronzent, chaque silence de Sarko se transforme aussitôt en une solution potentielle ! Le bénéfice du doute, dont l’actuel président n’aura jamais profité, l’ancien loser en est plein aux as ! …

Madame Ceccaldi-Raynaud aurait retiré ces publications pour faire des économies ? Impossible !
Vouloir enfin économiser est sage, nécessaire et attendu. Mais, à Puteaux, ville trop riche au sein des déséquilibres nationaux, l’économie de millions d’euros serait plus pertinente et efficace que l’économie de centimes et la maire le sait. Il lui faut combattre les gaspillages consensuels, tels que les factures explosives des constructions de palais surdimensionnés dont ceux de la médiathèque et du futur conservatoire de musique. L'absence objective de maîtrise des coûts extravagants, scandaleux en période de crise, des investissements et fonctionnements de nouvelles structures, pour des raisons confuses, frappe d’absurdité l’hypothèse de la suppression de journaux pour économiser.
Madame Ceccaldi-Raynaud aurait retiré ces publications parce qu’elles ne seraient pas « de droite » ? Impossible !
Madame Ceccaldi-Raynaud répond, en première ligne, du fonctionnement démocratique de sa ville. Le peuple souverain a « le droit de savoir », titre du dernier livre d’Edwy Plenel qui définit, avec professionnalisme, les cinq règles nécessaires aux informations vraies.
La démocratie locale ne résisterait ni à la censure ni au retrait du contradictoire parce que les citoyens putéoliens s’opposeraient aux tentatives dictatoriales, sauf les extrémistes mais heureusement encore très minoritaires. Le maire le sait et ne peut le vouloir.
Madame Ceccaldi-Raynaud aurait supprimé des journaux mettant en cause sa probité ? Impossible !
Puteaux n’est pas une cité fortifiée. Les Putéoliens savent tout ou presque sur la maire et sa famille, sauf toutefois les indispensables décisions de justice éventuelles sur certains des faits annoncés qui les valideraient ou invalideraient. 92 Connexion fut précédé par 9-2, Le clan du Président, d’Hélène Constanty et de Pierre-Yves Lautrou, en 2008 et par Le président des riches de Michel Pinçon et Monique Pinçon- Charlot. Divers journaux de la presse écrite et de la télévision commentent régulièrement l’action du maire. La décision du maire de vouloir protéger son honneur, à tort ou à raison, en supprimant des journaux, ne serait qu’infantile et illusoire : autre hypothèse donc qui ne tient pas puisque la maire en est certainement consciente.
La mondialisation est parfois surprenante et encourageante. Alors que Marianne serait « viré » officiellement de  la mairie de Puteaux, l’hebdomadaire français attire le regard, bien placé chaque semaine dans la vitrine de la librairie sur la place centrale de Soller, toute petite ville sur l’île de Majorque.

Restons-en à l’essentiel : les journaux informent et les citoyens agissent.
« C’est certain, on s’en sortira » écrit Jean-François Kahn.

www.notreputeaux.com
www.atelier-idees.org
www.rupture-et-metamorphose.org
Annie Keszey.