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14/12/2015

Remèdes politiques : après le 13/12/2015.

Si l’on refuse de choisir, lors de l’élection présidentielle de 2017, entre les trois candidats François Hollande, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, alors il faut SAVOIR puis AGIR.

Dans ce but, les meilleures idées actuelles et à venir sont à diffuser.

Préalable : « Hollande, Sarkozy, qu’ils ne se représentent pas », par la rédaction de Marianne.

   1. Un candidat pour un nouveau monde : Alain Juppé.

   2. A suivre... (ultérieurement « La nouvelle société du coût marginal zéro » de Jeremy Rifkin.)

Préalable.

Quarante ans, ça suffit ! Depuis quarante ans, l’un et l’autre (Hollande et Sarkozy) œuvrent dans les coulisses, d’abord comme seconds couteaux, avant d’occuper les premiers rôles de la vie politique...

Nous avons tous été assommés des photos du très jeune Sarkozy auprès de Chirac et du très jeune Hollande auprès de Mitterrand. Ils ont posé ensemble dans Paris Match pour défendre de concert le traité européen de 2005. Ils ont mené carrière, conquis le sommet de l’Etat, assouvi leur suprême ambition en gagnant l’Elysée. Personne ne peut le leur reprocher. Ils ne se ressemblent pas mais partagent cette obsession de la politique comme objectif unique. Pour quoi faire ? L’un et l’autre ont montré plus d’efficacité dans la conquête du pouvoir que dans la conduite de l’Etat. L’un et l’autre donnent l’impression de gouverner au doigt mouillé, sans conviction, sans ligne directrice. Et cela, on peut le leur reprocher. A force d’aller où le vent les porte, ils se sont usés prématurément. Ils ont une petite soixantaine, un quinquennat chacun et semblent déjà si vieux. Du coup, Marine Le Pen et ses acolytes représentent une certaine « fraîcheur » dans la vie politique. La fille du vieux chef donne l’image d’une self-made woman qui aurait conquis ses victoires à la seule force de son poignet. Peu importe que l’histoire soit autre. C’est la « vieillesse » des autres qui lui permet d’écrire ainsi son propre roman. La question n’est pas l’âge du capitaine, mais son usure et le nombre de récifs qu’il n’a su éviter...Donc Hollande- Sarkozy, la revanche...surtout pas. Ce serait un boulevard offert à Marine Le Pen. Et puisqu’ils prétendent tous les deux se battre contre elle, qu’ils passent la main, ce sera la meilleure manière d’empêcher qu’elle ne s’empare de l’Elysée. C.D.

  1. Vers un nouveau monde. Mes chemins pour l’école. L’éducation est la mère des réformes. Alain Juppé. JC Lattès. 305 pages.

Alain Juppé, ancien professeur, ancien ministre, maire de Bordeaux, affilié au parti « Les Républicains » est candidat à l’élection présidentielle de 2017. Dans ce but, il a engagé une réflexion sur les réformes prioritaires vers un nouveau monde.

« Apaiser, rassembler et réformer. Le changement ne se décrète pas, il se prépare et ne peut se réaliser que s’il est porté par le plus grand nombre. La réforme de l’école porte toutes les réformes.»

Oui, la réforme de l’école est la plus urgente. Les propositions de la ministre de l’Education nationale, Najat vallaud-Belkacem, ne redresseront pas le système éducatif : elles sont sans professionnalisme. Alain Juppé a pratiqué la démocratie participative afin de recueillir de très nombreuses participations de professeurs, de parents d’élèves, de chercheurs, de spécialistes de l’éducation dont Alain Bentolila, linguiste, le docteur Boris Cyrulnic et Yves Quéré, membre de l’Institut. Leurs interventions composent la moitié du livre et sont suivies d’une interview d’Alain Juppé par Jérôme Saltet novateur en instruction et éducation. En fin de livre des chapitres courts explorent divers points : les dépenses pour l’éducation en France et dans le monde, les résultats de l’enquête PISA, la rémunération des enseignants, la notation des élèves, les inégalités croissantes...

Alain Juppé n’a pas terminé ses consultations : il souhaite rencontrer des élèves, des membres divers de l’Institution, des directeurs, des principaux...

C’est pourtant, à ce stade, un travail rare, remarquable, au-dessus des clivages politiques. Alain Juppé connaît le système éducatif en profondeur. Ses propositions de réformes, précises, exigeantes, portent sur l’essentiel. Il connaît les forces et les faiblesses du système éducatif et mesure la difficulté de son adaptation progressive pour redevenir performant et plus juste. Le bon sens, introuvable jusqu’alors, prévaut dans ses objectifs évaluables.

Les principales orientations.

Deux priorités nationales.

  1. Assurer à tous les jeunes Français (100%) une maîtrise complète de la langue française et du socle commun des savoirs fondamentaux à la fin du collège. Un jeune sur cinq ne maîtrise pas ce que l’on appelle communément les fondamentaux, aujourd’hui rassemblés dans le socle commun de connaissances et de compétences. Je fais du combat pour la maîtrise de la langue française LA priorité numéro un de mon action future.
  2. Assurer à tous (100%) une véritable qualification à la sortie du système éducatif. 150 000 jeunes sortent chaque année sans aucun diplôme. En 2017, nous aurons « produit » 2,5 millions de citoyens peu ou pas qualifiés, dans l’incapacité ou presque de trouver un emploi, de s’insérer, de vivre tout simplement.

Un objectif général.

         Faire remonter la France de 10 places dans chacun des volets du classement international PISA.

Cinq axes majeurs pour y parvenir (à budget constant pour le ministère de l’Education nationale, par redéploiement de moyens).      

   1. Accroître substantiellement l’effort sur les classes de maternelle et de CP.

Alain Juppé reprend la demande ancienne de Bentolila d’accroître considérablement les acquisitions de vocabulaire, de pratiquer, dès la crèche, des séances de conversation dans une langue soutenue, de réduire les effectifs, de travailler aussi en petits groupes. La formation des enseignants doit porter sur la spécificité des apprentissages, particulièrement linguistiques, en maternelle...

   2. Revaloriser le statut d’enseignant.

Les salaires des enseignants du second degré doivent se rapprocher de ceux de l’OCDE, par une augmentation de 10%. Alain Juppé reconnait la nécessité de la pédagogie : il faut donc accroître aussi, dans la formation initiale des enseignants, la connaissance des processus d’apprentissage, une meilleure connaissance des neurosciences cognitives et permettre la possibilité de reconversion dans d’autres carrières pour les professeurs qui le souhaitent.

  3. Donner de nouvelles responsabilités aux équipes pédagogiques.

Pour les collèges c’est une évolution majeure. Elle envisage une modification de la direction des établissements, plus collégiale. C’est un Conseil éducatif d’établissement travaillant en équipe sous la direction d’un directeur principal qui dirigerait l’établissement et gérerait les moyens. Une plus grande autonomie de répartition des moyens de la dotation horaire globale permettrait d’assouplir les structures et les pratiques de chaque établissement en fonction de son projet. Les professeurs seraient appelés à exercer diverses responsabilités : coordonnateur, responsable de l’orientation, responsable des partenariats...Des regroupements d’établissements pourraient se faire, fondés sur des projets...

  4. Une évaluation indépendante, régulière et performante.

L’évaluation est, pour Alain Juppé, l’indispensable corollaire de la responsabilisation des équipes pédagogiques. Evaluer a pour but essentiel le repérage permanent des élèves « décrocheurs » afin d’y remédier sans tarder et à tous les niveaux, par des séances personnalisées, intensives, de remise à niveaux. Une Agence nationale de l’évaluation, de l’innovation et de la performance scolaire, indépendante, serait chargée du repérage des bonnes pratiques en France et à l’étranger, de favoriser des méthodes d’évaluation efficaces et d’évaluer la progression des établissements, en concertation...

  5. L’orientation et l’apprentissage au service de la qualification et de l’emploi.

Rapprocher les CFA et les lycées professionnels. Confier les lycées professionnels et les CFA aux régions. Améliorer le suivi et l’orientation des élèves, mieux les informer. Adapter les formations aux besoins. Réduire le coût de l’apprentissage pour les entreprises...

 Bien sûr, ces 3 pages ne peuvent résumer les 305 pages denses d’Alain Juppé. Cet essai n’a d’autre but que de nous engager tous à répondre à la question posée : Quelle école voulons-nous ?

http://www.al1jup.com

Après 44 ans dans l’Education nationale, je me permets de dire à Alain Juppé que la notion essentielle d’équipes éducatives doit être concrétisée. Il n’y a pas d’équipes de travail dans les collèges : il faut définir des lieux de réunions, des horaires inscrits dans l’emploi du temps général, leur insertion dans un statut professoral qui les ignore. Cette mutation ne peut être laissée au hasard.

Des « détails » pléthoriques doivent être pensés parce que leurs incidences sont graves. Les professeurs des écoles apprennent-ils à leurs élèves à apprendre leurs leçons et selon quelle méthode ? Aucune ? Des professeurs font encore des contrôles- surprises ou des contrôles portant sur des cours inexistants ! Des professeurs se plaignent en conseils de classes des élèves bavards alors que l’ordre scolaire relève de leur responsabilité. L’autorité s’apprend mais n’est pas encore enseignée dans les centres de formation. Les professeurs se sentent-ils partiellement responsables des « mauvaises notes » qu’ils attribuent à certains élèves, pour rechercher une plus grande efficacité? 20% d’entre eux ?

Les résultats de la démarche d’Alain Juppé sont exceptionnels, il faut poursuivre.

Annie Keszey.

http://www.atelier-idees.org          http://www.rupture-et-metamorphose.org

http://www.notreputeaux.com

21/09/2015

PENSER GLOBAL. L'HUMAIN ET SON UNIVERS.

Edgar MORIN - Editions Robert Laffont - 134 pages – Préface de Michel Wieviorka.

 

Madame Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, vient d’introduire

l’interdisciplinarité dans les collèges. Or les professeurs ne sont pas formés et ne pourront appliquer cette réforme puisqu’ils ont reçu un enseignement par disciplines cloisonnées. Des programmes interdisciplinaires commencent cependant à être proposés, par le CNRS par exemple, ainsi que des réflexions théoriques pour accéder aux connaissances nécessaires à une nouvelle pensée : la pensée complexe, définie en particulier par Edgar Morin.

Des sites dont www.ing.ulg.ac.be/articles/interdisciplinarite/index/htlm précisent la notion d’interdisciplinarité.

 

Edgar Morin, directeur de recherches émérite au CNRS, théoricien de « la pensée complexe » nous invite à « penser global ». Un résumé de son livre n’aurait pas la profondeur ni la rigueur requises. Les extraits discontinus suivants ont pour intention d’introduire  certains des développements de l’ouvrage, l’ensemble seul permettant  l’accès à la thèse de la pensée globale protectrice contre les facilités de l’air du temps et les injonctions de l’actualité.

Le site Fondation maison des sciences de l’homme www.fmsh.fr/FR/C/1287, propose aussi des conférences d’Edgar Morin explicitant la pensée complexe. La compartimentation des savoirs empêche de traiter les problèmes à la fois fondamentaux et globaux. Peut-on envisager une connaissance du global qui évite le réductionnisme (aveugle aux qualités propres au tout), l’unilatéralisme (prendre une partie pour le tout), le holisme (aveugle aux relations tout-partie), une pensée complexe donc (mais qui ne peut éliminer toute incertitude ou insuffisance) apte à relever les défis auxquels est confrontée notre connaissance.

Extraits du livre.

La définition de l’humain est trinitaire parce qu’elle comporte l’individu mais aussi la société humaine et l’espèce biologique, ou plutôt l’espèce humaine...

Notre système d’enseignement présente une disjonction dramatique entre ces trois polarités fondamentales de l’homme. Celui-ci est séparément enseigné sous le prisme de la biologie et sous celui des sciences humaines. Le meilleur exemple est le traitement réservé au cerveau, qui peut être étudié via la biologie et plus particulièrement la neurologie tandis que l’esprit s’inscrira, lui, dans la sphère de la psychologie. Les sciences dures sont séparées des sciences humaines pour l’analyse d’un même élément constitutif de l’humain...

 

La conscience écologique - je ne parle pas du mouvement écologique actuel où cette conscience est quelque peu laissée entre parenthèses -  s’inscrit dans une science nouvelle qui s’est développée autour de la notion d’écosystème : dans un milieu donné, les interactions entre les végétaux, les animaux, le climat, la géographie, la géologie créent une organisation spontanée, autorégulée. L’ensemble des écosystèmes sur notre planète va constituer ce qu’on appelle la biosphère. Biosphère qui nous enveloppe, que nous avons cru pouvoir dominer et manipuler. Dans cette relation, plus nous croyons posséder la nature, plus nous sommes possédés par une force qui nous conduit au plus extrême : l’autodestruction.

Mais grâce à la conscience écologique nous commençons à essayer de concevoir notre relation avec la nature vivante, et également avec la nature physique, autre aspect de notre complexité d’êtres humains...

 

En comprenant que nous sommes faits de molécules qui elles-mêmes se sont agrégées à partir d’atomes, et que ces atomes se sont agrégés à partir de particules, et que ces particules sont apparues dès peut-être les premières secondes de l’univers, nous nous rendons compte que l’histoire de cet univers de treize milliards d’années est en nous...

Cela nous confirme le principe hologrammatique : nous sommes solidaires de l’univers. Nous sommes partie de notre univers physique, biologique, cosmique tout en étant distincts par notre culture, par notre conscience, par notre double identité biologique et anthropologique, et aussi par notre double identité anthropologique et biocosmique...

 

La polarité prosaïque de la vie commande tout ce que nous faisons par contrainte, pour survivre, pour gagner notre vie. Et il y a la polarité poétique de la vie, c’est-à-dire celle où l’on s’épanouit personnellement, ou l’on a des moments d’harmonie et de joie. Moments que donnent l’amour, l’amitié, la liesse. C’est cela qui est vivre, vivre poétiquement ; alors que la part prosaïque de la vie nous permet seulement de survivre...La pensée politique ne devrait plus ignorer les besoins poétiques de l’être humain. Pour percevoir cette réalité humaine complexe et ambivalente, il faut s’éloigner des cloisonnements et des séparations institués par l’enseignement. Il faut non seulement réunir les connaissances venues des sciences naturelles et des sciences humaines pour comprendre l’humain, mais aussi envisager la littérature qui est aussi un moyen de connaissances...

 

Si on n’enseigne pas aux humains ce qu’ils sont, il y a une lacune extrêmement grave. Il y a un manque d’autoconnaissance extrêmement nocif. C’est l’une des plus grandes sources d’erreur, d’illusions sur nous-mêmes et pour nos vies...

Notre conception du futur comporte beaucoup d’imprécisions, beaucoup de lacunes, beaucoup d’énigmes, beaucoup de mystères. La différence entre l’énigme et le mystère, c’est que dans l’énigme, comme dans un roman policier, on finit par trouver l’explication rationnelle. La  science a résolu beaucoup d’énigmes. Le mystère c’est ce qu’on ne peut pas résoudre, ce qu’on ne peut pas comprendre...

Mais une pensée globale est possible : c’est une pensée qui tient compte de ces énigmes, qui tient compte de ces mystères, qui tient compte de l’improbabilité, qui tient compte du fait que beaucoup de données sur la cosmologie, sur l’hominisation, pourront être révisées par de nouvelles découvertes, par de nouvelles trouvailles, par de nouvelles pensées, par de nouvelles théories...

La politique basée sur l’analyse des rapports, sur la connaissance quantitative, nous montre qu’elle ne peut pas penser global, ce qui est pourtant vital...

Encore une fois la quantification et le cloisonnement sont les ennemis de la compréhension...

 

Nous ne sommes pas seulement dans une crise économique. En se répandant dans l’univers, la civilisation occidentale, elle-même en crise, se présente aux pays en voie de développement comme étant la guérison alors qu’elle porte en elle la maladie...

Il y a l’influence possible du présent sur le futur : l’optimisme nous aveugle sur les périls ; le pessimisme nous paralyse et contribue au pire. Il faut penser au-delà de l’optimisme et pessimisme. Moi je suis un opti-pessimiste. J’ai pour ma part récusé que le raisonnable s’imposera tôt ou tard. Il est possible que devant un extrême danger on prenne conscience et donc in extremis des mesures de salut. Mais jamais le raisonnable ne s’est imposé de lui-même vu le caractère anthropologique de l’homo sapiens – demens...

Nous avons besoin de mondiologues. Les futurologues actuels ne sont pas mondiologues : ils découpent le futur en petits morceaux, alors que l’intéressant et l’important, c’est de voir les interactions, les rétroactions et les interférences...

Ce qui est intéressant, c’est que le propre de la nature humaine est son unité génétique, physiologique, anatomique, affective – tous les humains connaissent la douleur, le plaisir, la joie, sourient, pleurent...-toutefois cette unité se traduit toujours chez des individus différents les uns des autres. L’apparent paradoxe est que l’unité crée de la diversité, mais que la diversité elle-même ne peut s’épanouir qu’à partir de l’unité. Cette idée est assez importante dans notre époque planétaire, où l’humanité se trouve aujourd’hui rassemblée dans une même communauté de destin. Il faut reconnaître les autres comme à la fois différents de nous et en même temps semblables à nous...

 

La métamorphose biologique, technique et informatique nécessite surtout d’être accompagnée, régulée, contrôlée, guidée par une métamorphose éthique, culturelle et sociale. Il est tragique que la métamorphose transhumaine ait commencé sous la poussée du triple moteur scientifique/technique/économique alors que la métamorphose  éthique, culturelle, sociale, de plus en plus indispensable, soit encore dans les limbes...

 

La pensée complexe est une pensée qui relie, d’une part en contextualisant, c’est-à-dire en reliant au contexte, d’autre part en essayant de comprendre ce qu’est un système.

La pensée complexe met en lumière ce qui est aujourd’hui signifié par ce mot étrange : l’émergence. L’émergence, c’est la survenue, quand il y a un tout organisé, de qualités qui n’existent pas dans les parties prises isolément. Pour pouvoir penser la globalité de la société, il est nécessaire de voir cette relation entre les parties et le tout, trait précisément de complexité...

L’objet de la pensée complexe  n’est pas de détruire l’incertitude, mais de la repérer, de la reconnaître, c’est d’éviter la croyance en une vérité totale... 

 

Nous sommes dans une époque qui a besoin d’un changement de paradigme et cela arrive rarement dans l’histoire. Il s’agirait de substituer la distinction à la disjonction, la reliance à la réduction : il faut distinguer et, en même temps, relier. C’est le paradigme de complexité...

Face à ces dangers (les fanatismes, les peurs, les pires conditions dans lesquelles peuvent surgir les conflits meurtriers, les régressions politiques les pires), nous sommes amenés à chercher une pensée plus ouverte, globale et en même temps complexe. Nous devons éviter ce qu’on appelle la « rationalisation », c’est-à-dire des systèmes logiques mais qui n’ont aucune base, aucun fondement.

Nous devons éviter « la dogmatisation », c’est-à-dire le durcissement de nos idées, le refus de les confronter à l’expérience. Nous devons abandonner une rationalité fermée, incapable de saisir ce qui échappe à la logique classique, incapable de comprendre ce qui l’excède, pour nous vouer à une rationalité ouverte connaissant ses limites et consciente de l’irrationalisable. Nous devons sans cesse lutter pour ne pas croire aux illusions qui vont prendre la solidité d’une  croyance mythologique. Nous sommes dans ce monde global confrontés aux difficultés de la pensée globale, qui sont les mêmes que les difficultés de la pensée complexe.

Nous vivons le commencement d’un commencement.

Annie Keszey.

 

 

 

 

 

 

15/08/2015

DIX PROPOSITIONS PERTINENTES POUR RECONSTRUIRE L'ECOLE.

Jacques Julliard. 

 

La réforme socialiste du collège de Najat Vallaud-Belkacem est une erreur grave due à une totale méconnaissance de l’histoire du système éducatif, de son fonctionnement et de ses évaluations.

 

Jacques Julliard propose dix propositions fondées sur une sérieuse expérience.

 

  1. Raser la rue de Grenelle.

 

Il l’avait déjà écrit. «... Les ministres de la rue de Grenelle ne sont pour la plupart que des prête-noms, des faire-valoir, des fusils à un coup, des fusibles condamnés à calmer les colères des acteurs... Je propose donc la suppression au moins provisoire, du ministère, et son remplacement par un haut-commissariat à l’Education, nommé pour cinq ans, rattaché directement au Premier ministre, et choisi parmi les plus hautes personnalités intellectuelles du pays, en dehors de tout dosage politicien...

 

  1. Faire le bilan de L’Education nationale aujourd’hui.

 

... Oui comme on nous dit, « un audit ». Examiner ce qui marche – il y a tout de même des choses qui marchent dans le système – et celles qui ne marchent pas...

Le but premier de l’Education est d’éduquer...

L’audit devrait également faire ressortir la persévérance dans l’erreur qui est le malaise profond de notre école...

Il va sans dire qu’un tel audit devrait être mené par des personnalités indépendantes, appartenant à toutes les familles politiques, en dehors de tous les corps constitués et groupes de pression qui vibrionnent sans cesse autour de l’Education nationale.

 

  1. Remettre l’enseignement primaire sur ses pieds.

 

... Les deux plaies béantes du système éducatif se situent en deçà et au-delà du collège. 20% des élèves (et sans doute davantage) ne savent pas lire, 58.5% des bacheliers échouent en première année d’université...

Il faut ramener l’enseignement primaire à sa fonction primaire...

 

  1. Réhabiliter la mémoire.

 

... La culture, c’est le savoir que l’on a assimilé. La pensée c’est la restitution des savoirs assimilés... Voilà pourquoi, il faut, à tout âge, exercer sa mémoire par l’apprentissage des mots, des nombres, des poèmes, des dates...

Car restaurer la mémoire, la littérature et l’autorité du maître c’est une seule et même chose.

 

  1. Lutter contre le consumérisme scolaire.

 

... On doit veiller à ce que l’immixtion permanente des parents d’élèves dans l’école, par angoisse éducative, ne détruise ce qui est au fondement de l’acte éducatif... Au sein de la relation éducative les parents doivent avoir toute leur place dans sa dimension sociale mais pas dans la dimension cognitive...

 

  1. Recruter de grands chefs d’établissement.

 

...Tous les praticiens de l’éducation savent que la tenue des établissements, le respect de l’ordre, la réussite des élèves dépendent pour une part insoupçonnée des qualités des chefs.

 

  1. Supprimer le bac.

 

... Près de 92% des lycéens l’obtiennent. Pour éliminer 8% des demi-illettrés, quelle mobilisation ! Plus d’un mois retranché de l’année scolaire, un coût financier considérable... Dans l’académie de Versailles, les examinateurs qui seraient considérés comme trop sévères avaient été prévenus qu’ils engageaient leur responsabilité personnelle et qu’ils encouraient des sanctions... Le bac est le grand responsable de la foire du premier cycle universitaire... Pourquoi François Hollande ne liquiderait-il pas le bac au milieu des murmures probables de la gauche ?

 

  1. Réformer le premier cycle de l’enseignement supérieur.

 

... L’organisation de la scolarité dans les facultés est déplorable. Les étudiants sont livrés à eux-mêmes dans un no man’s land inorganisé où règnent de véritables friches universitaires... C’est dire qu’il ne faut pas supprimer les prépas, mais au contraire donner aux étudiants du premier cycle un encadrement et des conditions de travail comparables...

 

  1. Briser l’apartheid des générations.

 

... Proclamer le droit pour chacun à étudier selon ses besoins et à enseigner selon ses capacités est le principal moyen dont nous disposons pour abolir progressivement la division sociale du travail, qui est le fondement dernier de la domination du capitalisme sur les individus... C’est à l’incapacité des socialistes à imaginer à l’école des positions en rupture avec la logique productiviste que l’on mesure sa soumission intellectuelle inconsciente à l’ordre capitaliste...

 

  1. Faire ratifier par référendum un nouveau pacte éducatif.

 

...Les réformes qui se sont succédé depuis un demi-siècle n’ont rien résolu. Il faut donc que le peuple français intervienne en majesté et apporte à l’esprit nouveau le poids de sa souveraineté. Que le Parlement en délibère ; que les diverses familles intellectuelles soient consultées ; que les principes d’une nouvelle orientation soient définis ensemble et que le peuple apporte sa ratification par référendum...

Pour demeurer « une âme, un principe spirituel « (Renan), la France a besoin de son école. D’une école fière d’elle-même. C’est sa dernière chance. Pour n’avoir pas compris cela, pour avoir persévéré dans un bricolage dérisoire à tonalité technocratique et pédagogisante, la gauche a perdu l’estime de son peuple... Croyez-vous vraiment, François Hollande, Manuel Valls, Najat Vallaud- Belkacem que ce que vous proposez aujourd’hui à la jeunesse est à la hauteur de ce qu’elle attend de vous ? Que c’est une réponse à l’immense détresse intellectuelle et spirituelle qui s’est emparée depuis quelque temps du pays ?...

... Toutes les composantes de ce pays doivent collaborer ensemble à la renaissance de notre école...

Alors, agissons ensemble... »

 

Le texte complet de ces propositions se trouve dans le numéro spécial de l’hebdomadaire Marianne, numéro 949, du 26 juin au 2 juillet 2015.

 

Annie Keszey