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20/02/2015

VERS UNE CATASTROPHE ECONOMIQUE ET POLITIQUE

 

20/02/2015.  

 

Le titre est le pronostic d’Arnaud Montebourg exposé sur le site Mediapart

 

Thomas Piketty, économiste, auteur du livre de 970 pages Le capitalisme au XXIème siècle*, vendu actuellement en 1 million et demi d’exemplaires, fait rare, était, le 15/02, l’invité de Laurent Ruquier.

 

Ses propos, fondés sur une analyse expérimentée, confirment les appréhensions, d’une majorité de citoyens ordinaires, recueillies lors de sondages.

 

« François Hollande a trahi toutes ses promesses,  mensonges pour être élu.  Depuis le début de son mandat, son action économique est indigente et inappropriée surtout parce qu’il n’a aucune expérience des secteurs d’activité. Il est exclusivement un politique depuis une trop longue durée. Ses « réformes » sont restreintes, improvisées et tâtonnantes. Il n’a entrepris aucune modification significative dans le domaine de la finance et la seconde partie du mandat ne devrait rien changer à cette faiblesse du pouvoir.

 

Au niveau européen, c’est la stagnation et l’entêtement dans une stratégie globale erronée. Nul Français n’a entendu François Hollande protester contre la nomination de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne, en 2014. » (Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Grand- Duché du  Luxembourg de 1995 à 2013, a été touché par deux scandales : l’un concernant les services de renseignements fichant illégalement des milliers de citoyens et l’autre, Luxleaks, organisant, avec l’approbation de l’administration des impôts,  l’exil fiscal  de mille entreprises. Jean-Claude Junker a toléré l’injustice fiscale et le manquement aux normes éthiques et morales. David Cameron s’est opposé à sa nomination au Pouvoir exécutif de l’Europe.)

 

« Le président de la République reste fort discret sur la demande d’Alexis Tsipras, nouveau Premier ministre grec, de mettre fin à la politique d’austérité dont souffre son pays, sans résultat positif. François Hollande reste soumis à Angela Merkel : il est vrai que la France et l’Allemagne prêtent de l’argent à la Grèce avec des intérêts plus élevés que ceux qu’ils versent  à leurs propres créanciers ! »

 

Un nouvel accord avec la Grèce, tenant compte d’une nécessité de croissance respecterait la souveraineté du peuple grec. « Alexis Tsipras et Pablo Iglesias du nouveau parti espagnol Podemos** représentent  l’espoir d’un nouvel avenir pour la Grèce et l’Espagne mais aussi pour l’Europe. Un tel renouvellement  politique n’est pas décelable en France. Aucune figure d’avenir n’émerge aujourd’hui et il est difficile de reprendre espoir! »

 

Deux objectifs prioritaires restent inaccessibles : empêcher les sorties du système éducatif sans diplôme qualifiant, ce qui signifierait l’accroissement de l’efficacité de l’Institution et vaincre le chômage. Ces buts sont les fondements du « bien vivre ensemble ».

 

Les interventions publiques de Janvier 2015 de François Hollande, Manuel Valls et de Bernard Cazeneuve furent remarquables. Les mots ne sauraient dispenser des actes, même si le mot « apartheid » fut un nécessaire électrochoc. Le rapport actuel du commissaire européen du conseil de l’Europe sur les droits de l’homme sanctionne la France. Le constat est celui d’un inquiétant effritement de la cohésion sociale et du principe d’égalité. Des groupes connus et d’autres, dont les Roms, les migrants de Calais, certains immigrés récents, des handicapés,  sont victimes d’odieuses discriminations. Il faut réagir avec vigueur. La France en est capable dit ce rapport.

 

Thomas Piketty propose des réformes pour avancer vers un autre système, hors mondialisation financière folle et socialisme désagrégé. François Hollande, à sa décharge, sait sans doute qu’il ne pourrait jamais avoir une majorité d’appui pour les entreprendre. L’actualité  montre que la majorité des députés, tous partis confondus, est conservatrice, obtuse, indifférente à l’intérêt général.

 

« Nicolas Sarkozy, conférencier de l’UMP, pourtant chèrement payé par les Emirats, est devenu indigent en politique! »

 

 

 

 

Les signes * et ** renvoient à des textes publiés antérieurement sur ce blog.

 

Images : taoofstieb.blogspot canstockphoto.fr                                                   

 

 Annie Keszey.

 

10/08/2014

LE CAPITAL AU XXIème SIECLE. THOMAS PIKETTY.

LE CAPITAL AU XXIème SIECLE. THOMAS PIKETTY.

Les livres du Nouveau Monde. Seuil. 25 €.

« Thomas Piketty vient de nous rappeler que l’héritage est un chemin plus sûr vers la richesse que l’entreprise et le travail. » Alain Touraine.

« Le livre démolit le mythe le plus cher des conservateurs : leur insistance à considérer que nous vivons dans une méritocratie dans laquelle la grande richesse est gagnée et méritée. » Paul Krugman.

Thomas Piketty est directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’école d’économie de Paris. La lecture de son livre de 976 pages « Le capital au XXIème siècle », résultat de 15 ans de recherches, est un important travail d’une cinquantaine d’heures tant la précision du vocabulaire spécifique nécessaire à la compréhension des lois économiques, la finesse des démonstrations, l’abondance des  graphiques et des tableaux et la nouveauté des conclusions requièrent du lecteur une concentration soutenue.  Après la lecture, une attention particulière doit être portée aux critiques contre Thomas Piketty surtout énoncées par des idéologues ultra-conservateurs. 

La démarche de recherche, écrit Thomas Piketty, est systématique et méthodique, à défaut d’être pleinement scientifique.

L’auteur est sans doute le plus grand économiste politique et historique d’aujourd’hui : l’expérience historique demeure la principale source de connaissances. Sa thèse fait l’objet de  commentaires internationaux : Paul Krugman et Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, par exemple, également préoccupés par la question de la cupidité et des inégalités de revenus, débattent avec lui, aux Etats-Unis, à propos surtout de l’étude approfondie des inégalités aux USA, de Piketty, extension du travail déjà novateur de Kuznets.

Thomas Piketty se distingue par la fiabilité, la diversité  et la taille considérable de ses sources. Il a utilisé deux sources principales, la World  Top Incomes Database (WTID), issue du travail combiné d’une trentaine de chercheurs mondiaux et une seconde source en  sous-ensembles : les déclarations de revenus issues des impôts, les déclarations de successions issues des impôts, les sources patrimoniales…

Ses nouvelles connaissances appuyées sur des faits établis critiquent les théories économiques passées, usant trop de modèles mathématiques et de spéculations idéologiques. Il travaille sur le long terme historique et sur un espace très vaste, celui du monde et de nombreux états, ce qui est  nouveau. Il introduit l’économie au sein d’une pluralité de disciplines et d’approches salariales  et sociales, patrimoniales et culturelles. Il n’oublie pas les apports de la littérature : ceux d’Honoré de Balzac et de Jane Austen, par exemple, connaisseurs des patrimoines de leurs temps. Il s’oppose à tout combat bipolaire tel que celui de 1917- 1989, dont les affrontements entre capitalisme et communisme, entre autres, ont stérilisé la recherche.

Son but est d’éclairer sur le danger d’aujourd’hui que représentent le décrochage des plus hautes rémunérations et, plus encore, la concentration extrême des patrimoines qui menacent les valeurs de méritocratie et de justice sociale des sociétés démocratiques.

Thomas Piketty décrypte donc le passé économique pour proposer des solutions  d’inversion des tendances antidémocratiques. Les informations suivantes choisies pour leur importance ne prétendent évidemment pas être exhaustives.

  1. Des constats.

  2. Des propositions.

Des constats.

L’inégalité mondiale oppose des pays où le revenu moyen par habitant est de l’ordre de 150-250 € par mois (l’Afrique subsaharienne, l’Inde) à des pays où le revenu par habitant atteint 2500- 3000 € par mois (l’Europe occidentale, l’Amérique du Nord, le Japon) entre dix et vingt fois plus. La moyenne mondiale, qui correspond approximativement au niveau de la Chine, se situe autour de 600- 800 € par mois. L’expérience historique suggère que le principal mécanisme permettant la convergence entre pays est la diffusion des connaissances, au niveau international comme au niveau domestique.

Les inégalités de revenus augmentent.

Le patrimoine des plus riches s’accroît.

Le rendement du capital est supérieur au taux de croissance. Une grande partie de la richesse est ainsi siphonnée vers les plus riches. Entre 1987 et 2013, le patrimoine global mondial a augmenté de 4 % par an pour 3.3 % de croissance. Le patrimoine des plus riches a augmenté de 6.8 % par an, 3 fois plus vite que le patrimoine moyen par adulte. La principale force déstabilisatrice du capitalisme est liée au fait que le taux de rendement privé du capital  r peut être fortement et durablement plus élevé que le taux de croissance du revenu et de la production g. L’inégalité r > g implique que les patrimoines issus du passé se recapitalisent plus vite que le rythme de progression de la production et des salaires. Cette inégalité exprime une contradiction logique fondamentale. L’entrepreneur tend inévitablement à se transformer en rentier et à dominer de plus en plus fortement ceux qui ne possèdent que leur travail. Une fois constitué, le capital se reproduit tout seul, plus vite que ne s’accroît la production. Le passé dévore l’avenir.

Les héritiers seront de plus en plus favorisés. Après avoir chuté à la suite des 2 guerres mondiales, le patrimoine mondial qui représentait de 2 à 3 années de revenu planétaire en 1950, atteint de 4 à 5 années de revenu aujourd’hui. Si rien n’est fait, il représentera 7 années de revenus en 2100 et sera réparti de façon de plus en plus inégalitaire.

Des propositions.

Le problème de l’inégalité r > g n’admet pas de solution simple. La croissance peut certes être encouragée, en investissant dans la formation, la connaissance et les technologies non polluantes. Mais cela ne fera pas monter la croissance à 4 % ou  5% par an. L’expérience indique que seuls des pays en situation de rattrapage par rapport à d’autres, comme l’Europe pendant les Trente Glorieuses, ou la Chine et les pays émergents aujourd’hui, peuvent croître à de tels rythmes. Pour les pays qui se situent à la frontière technologique mondiale, et donc un jour ou l’autre pour la planète dans son ensemble, tout laisse à penser que le taux de croissance ne peut guère dépasser 1 %- 1.5 %, par an à long terme, quelles que soient par ailleurs les politiques suivies.

Avec un rendement moyen du capital de l’ordre de 4 %-5 %, il est donc probable que l’inégalité r> g redevienne la norme au XXIème siècle, comme elle l’a toujours été dans l’histoire…Au XXème siècle, ce sont les guerres qui ont fait table rase du passé et qui ont fortement réduit le rendement du capital, donnant ainsi l’illusion d’un dépassement structurel du capitalisme et de cette contradiction fondamentale.

On pourrait certes taxer assez fortement le rendement du capital de façon à abaisser le rendement privé au- dessous du taux de croissance. Mais si l’on fait cela de façon trop massive et trop uniforme, alors on risque de tuer le moteur de l’accumulation et d’abaisser encore un peu plus le taux de croissance. Les entrepreneurs n’auront même pas le temps de se transformer en rentiers puisqu’il n’y en aura plus.

La bonne solution est l’impôt mondial et progressif annuel sur le capital : une utopie utile. Il est ainsi possible d’éviter la spirale inégalitaire sans fin, tout en préservant les forces de la concurrence et les incitations à ce que  de nouvelles accumulations primitives se produisent sans cesse. Par exemple nous avons évoqué la possibilité d’un barème d’imposition avec des taux limités à 0.1 % ou 0.5 % par an sur les patrimoines inférieurs à 1 million d’euros, 1 % entre 1 et 5 millions d’euros, 2 % entre 5 et 10 millions d’euros et pouvant monter jusqu’à 5 % ou 10 % par an pour les fortunes de plusieurs centaines de millions ou plusieurs milliards d’euros. Cela permettrait de contenir la progression sans limite des inégalités patrimoniales mondiales, qui s’accroissent actuellement à un rythme qui n’est pas soutenable à long terme, ce dont même les plus ardents défenseurs du marché autorégulé feraient bien de se soucier. L’expérience historique indique en outre que des inégalités de fortune aussi démesurées n’ont pas grand-chose à voir avec l’esprit d’entreprise et ne sont d’aucune utilité pour la croissance. Elles ne sont d’aucune « utilité commune » pour reprendre la belle expression de l’article premier de la Déclaration de  1789 …

La difficulté est que cette solution, l’impôt progressif sur le  capital, exige un très haut degré de coopération internationale et d’intégration politique régionale…Elle n’est pas à la portée des  Etats-nations dans lesquels se sont bâtis les compromis sociaux précédents…Un tel impôt peut toutefois être instauré à une échelle régionale ou continentale en commençant par les pays qui le souhaitent.

Pour réduire la dette publique, la solution la plus satisfaisante consiste à prélever un impôt exceptionnel sur le capital privé. Par exemple, un impôt proportionnel de 15 % sur tous les patrimoines privés rapporterait près d’une année de revenu national et permettrait donc de rembourser immédiatement toutes les dettes publiques.

Il semble qu’il n’y a pas véritablement  d’autre choix, pour reprendre le contrôle du capitalisme que de faire le pari de la démocratie jusqu’au bout, en particulier à l’échelle européenne…

La crainte est que les réponses apportées ne soient modestes et inefficaces par exemple sous la forme de replis nationalistes de diverses natures.

Le marché et le vote ne sont que deux façons polaires d’organiser les décisions collectives : de nouvelles formes de participation et de gouvernance sont à inventer. La transparence économique et financière est un enjeu de gouvernance démocratique…Plutôt que de s’inquiéter de la dette publique (qui est très inférieure aux patrimoines privés, et qui dans le fond peut-être supprimée assez facilement) il serait plus urgent de se soucier d’augmenter notre capital éducatif et d’éviter que notre capital culturel ne se dégrade…Le patrimoine public net est certes quasi nul du fait des dettes publiques mais le patrimoine privé est tellement élevé que la somme des deux n’a jamais été aussi élevée depuis un siècle. Donc l’idée selon laquelle nous serions sur le point de laisser des dettes honteuses à nos enfants et petits- enfants…n’a tout simplement aucun sens !...

Les chercheurs en sciences sociales de toutes les disciplines, les journalistes et les médiateurs de tous supports, les militants politiques et syndicaux de toutes tendances, et surtout tous les citoyens devraient s’intéresser sérieusement à l’argent, à sa mesure, aux faits et aux évolutions qui l’entourent. Ceux qui en détiennent beaucoup n’oublient jamais de défendre leurs intérêts. Le refus de compter fait rarement le jeu des plus pauvres. »

Image : http://mollat.com                         Annie Keszey

04/05/2014

F. HOLLANDE ET M. VALLS CONFRONTES A DEUX ECONOMISTES.

 

F. HOLLANDE ET M. VALLS CONFRONTES A JOSEPH STIGLITZ ET A THOMAS PIKETTY.

Le journal espagnol El Pais, du 17/04/2014, attribue à Manuel Valls le qualificatif de « flamante » : brillant, resplendissant, flambant neuf ou récent, au choix des lecteurs. 

Le titre de l’article, en première page, écrit depuis Paris par Ana Teruel est fidèle à la réalité. La France congèlera les pensions, les salaires publics, les prestations sociales et ne revalorisera pas les salaires des fonctionnaires. L’ajustement de 50 000 millions d’euros obligera à des coupes dans le domaine de la santé…Puis, en page 20, La France sacrifiera la dépense sociale…Le système de protection et de santé concentrera 40 % des coupures… 

Congeler-couper-sacrifier. 

Manuel Valls, complice de François Hollande, révèle ainsi une triple trahison : devenu social-libéral, Il trahit les conquêtes et les valeurs fondatrices du parti socialiste, il rétrécit l’Etat qui l’a accueilli et prend pour ennemies les classes précaires et moyennes au lieu de combattre le monde de la finance. 

Son plan s’inscrit dans une politique économique standard d’austérité européenne, traditionnelle, de  la droite classique, qui, historiquement, a souvent échoué, fondée sur des mythes politiques coûteux pour la base surtout et faux. Ces mythes, totems « bidons » de la pensée unique (Hervé Nathan), ont distordu la prise rationnelle de décision en économie. La désinformation venue des medias, possédés le plus souvent par des nantis, entretient dans les mentalités collectives des pratiques erronées  Les responsables politiques successifs de l’endettement français sont restés impunis et florissants. 

L’acharnement thérapeutique mal ciblé et vain de François Hollande et de Manuel Valls ne peut restaurer un système à bout de souffle. L’austérité n’est pas le remède adapté à la grande récession née en 2008- 2009, par insuffisance de la demande globale. 

La France risque ainsi de rejoindre les Etats-Unis d’Amérique dans leur descente aux enfers, leur plongée croissante dans l’inégalité sociale incompatible avec le maintien de la démocratie. 

Manuel Valls ne semble pas connaître les conseils hautement spécialisés et novateurs de Joseph E. Stiglitz, démocrate américain, prix Nobel d’économie, auteur de l’étude Le triomphe de la cupidité, en 2010, puis de l’ouvrage Le prix de l’inégalité, en février 2014. 

Après une description inconnue du public, accablante, de l’inégalité américaine actuelle, l’auteur propose, lui, une autre politique et une réforme économique, une bonne voie, celle d’un autre monde dont il expose les principes pour arrêter les excès d’en haut, ceux de l’économie virtuelle et aider les autres, pour une société plus équitable et égalitaire. Un grand nombre de propositions, au-dessus des partis politiques et en avance, sont applicables en France. 

Joseph Stiglitz concrétise, en particulier, ce que François Hollande avait promis de faire, pour être élu. Mais François Hollande  n’a sans doute pas lu le livre qui lui est donc offert, ainsi qu’à Manuel Valls, avant qu’il ne soit trop tard. 

L’essai partiel de synthèse  suivant, 510 pages en 4 pages, sera joint à l’envoi. Il ne peut remplacer la lecture de cette analyse profonde, ambitieuse, savante des USA qui aide aussi à mieux penser la réalité française. 

Un second envoi suivra, Le capital au 21ème siècle de Thomas Piketty, parfaite analyse de l’inégalité française. Un autre essai de synthèse sera joint, cette lecture complexe demandant un temps long. 

LE PRIX DE L’INEGALITE. JOSEPH E STIGLITZ- BABEL ESSAI- 510 PAGES- 9.70 € TTC. 

  1. L’inégalité aujourd’hui aux Etats- Unis.
  2. Les raisons de l’inégalité croissante. 
  3. La bataille du budget.

  4. Les réformes : l’autre voie.

  5. L’espoir. 

  1. L’inégalité aujourd’hui aux Etats-Unis.

    Le mouvement de protestation Occupy Wall Street né de l’indignation devant l’injustice révoltante de la société américaine a dénoncé Wall Street d’abord puis a pris un nouveau nom pour une protestation plus large,  Les 99 %, à partir d’un article écrit par Joseph Stiglitz pour la revue Vanity Fair,  Of the 1 %, for the 1 %, by the 1 % ( Du 1 %, pour le 1 %, par le 1 %) : il y décrit l’aggravation massive de l’inégalité aux Etats-Unis et un système politique visiblement trop à l’écoute des riches.

    Le marché n’est pas efficace, son pire échec est son incapacité à créer des emplois pour tant de citoyens, cause majeure de l’inégalité.

    En mars 2012, 24 millions d’américains qui souhaitaient trouver un emploi à temps complet, n’en trouvaient pas. Les progrès de la productivité sont allés plus vite que l’expansion de la demande.

    La mondialisation n’est pas perverse, elle est mal gérée au profit d’intérêts particuliers. Interconnecter les peuples, les pays et les économies autour du globe peut-être aussi efficace pour stimuler la prospérité que pour répandre la cupidité et la misère.

    Les 99 %  perpétuent la tradition Nous sommes tous une classe moyenne mais avec une petite modification : ils comprennent que nous ne sommes pas tous à nous élever ensemble. Nous, l’immense majorité, nous sommes en train de souffrir ensemble et la pointe du sommet- Les 1 % – vit autrement. Le capitalisme donne aux 99 % ce qu’il n’a pas promis : l’inégalité, la pollution, le chômage et la dégradation des valeurs jusqu’au niveau où tout est acceptable et où personne n’est responsable.

    C’est la politique qui a modelé le marché et elle l’a fait pour le conduire à favoriser le haut aux dépens du bas. L’élite économique a fait pression pour obtenir un cadre juridique qui œuvre à son profit au détriment des autres mais ce système économique n’est ni efficace, ni juste.

    Depuis 2008-2009, 8 millions de familles ont été expulsées de leur maison, des milliers d’autres sont en attente de saisies, elles ont vu s’envoler leur épargne et se tarir les chèques d’indemnisation du chômage. Des maisons sont vendues à perte, d’autres restent vides. Les jeunes fraîchement sortis de l’université ont des dettes se chiffrant en milliers de dollars et n’ont pas de travail. Ce sont des épreuves incompatibles avec le rêve américain.

    Malgré la crise, le 1 % supérieur a conservé son emprise sur une part énorme du revenu national : un cinquième ! En 2007, le revenu de 0,1 % supérieur des ménages américains représentait 220 fois le revenu moyen des 90 % inférieurs. Le 1 % des plus fortunés possède près d’un tiers de la richesse du pays. Le 1 % supérieur a accaparé 93 % du supplément de revenu crée dans le pays en 2010 par rapport à 2008. Les plus riches ont un taux d’imposition de 16, 6 %, inférieur au taux de 20, 4 % payé en général par les contribuables. (2007, mais toujours d’actualité).

     Les prix moyens de l’immobilier ont chuté de plus d’ 1/3 de 2006 à 2011. La fortune des nombreux américains qui avaient contracté des emprunts hypothécaires a disparu.

    La thèse de L’économie du ruissellement qui explique qu’en donnant plus d’argent en haut on rend service à tout le monde notamment parce que cela va stimuler la croissance est fausse. Par contre la thèse du ruissellement vers le haut pourrait être efficace.

    En 30 ans, les bas salaires des 90 % inférieurs n’ont augmenté que de 15 %, tandis que les salaires du 1 % supérieur se sont accrus de 150 %, ceux du 0,1 % supérieur de 300 %. Les 6 héritiers de l’empire Wall-Mart ont une fortune de 69.7 milliards de dollars, l’équivalent de la fortune totale des 30 % inférieurs de la société américaine.

    Le taux d’incarcération est le plus élevé du monde. Un enfant sur quatre vit dans la pauvreté. Les chances scolaires sont inégales : 74% des étudiants viennent du quart supérieur de la population. La dette  pour paiement des études du diplômé moyen du supérieur est supérieure à 25 000 dollars. Un américain sur sept est confronté à l’insécurité alimentaire.

    Les USA paient très cher cette inégalité : moins de productivité, moins d’efficacité, moins de croissance, L’inégalité met en danger la démocratie. La participation des électeurs jeunes aux élections législatives de 2010 n’a été que de 20% ! 

  2. Les raisons de l’inégalité croissante.

    La recherche de rentes.

    La plus forte et la plus célèbre, c’est l’exploitation des pauvres et des non-initiés par les financiers. Ils ont gagné des sommes frauduleuses en agressant des catégories par le crédit prédateur et les pratiques abusives autour des cartes de crédit. Ceux qui gagnent, dans ce capitalisme dévoyé, sont ceux qui ont la capacité de contourner la loi ou de la déformer en leur faveur. Ces financiers ont participé à la rédaction d’un ensemble de règles qui leur permettent de gagner beaucoup, trop, même pendant les crises qu’ils contribuent à créer. Warren Buffet a qualifié d’armes financières de destruction massive les nouveaux prêts hypothécaires scandaleux qui ont provoqué la crise des subprimes, ceux-là s’en sont sortis avec des millions, parfois des centaines de millions de dollars.

    Les PDG de grandes entreprises et des avocats de haut vol aident ces pratiques prédatrices.

    L’impôt régressif.

    L’impôt régressif est la recherche de rente qui redistribue en haut de l’argent pris au reste de la société. Le génie des plus hauts placés est de concevoir les meilleurs moyens d’exploiter le pouvoir du marché et autres imperfections du monde : les barons des chemins de fer du 19ème siècle, John D. Rockefeller et sa Standard Oil puis Bill Gates  avec l’hégémonie de Microsoft sur les logiciels pour PC à partir d’une pratique non concurrentielle et pourtant admise. Le président Obama accepte une règle de 2003 qui interdit à Medicare, l’organisme étatique de soins, de négocier le prix des médicaments, octroyant ainsi à l’industrie pharmaceutique un cadeau annuel d’une cinquantaine de milliards de dollars.

     Au Mexique, Carlos Slim détient le monopole du téléphone et impose ainsi des prix  plusieurs fois supérieurs aux tarifs des marchés concurrentiels.

    Les prix bradés des actifs des Etats à des investisseurs privés.

    C’est l’origine de la fortune de Carlos Slim et ce procédé étatique de bradage est mondial.

    La capture du régulateur.

    Les élites font nommer à la tête des commissions de contrôle des sympathisants ou des anciens employés des secteurs qu’ils sont chargés de réglementer : leur dépendance est incompatible avec leur mission. Parfois, il s’agit de capture cognitive, des affinités naturelles avec les banques par exemple, tel le cas d’Alan Greenspan qui n’avait jamais travaillé pour l’une d’entre elles. [Stiglitz ne pouvait connaître encore l’exemple parfait de régulateur tricheur que fut Aquilino Morelle, ami du Président de la République et du Premier ministre français.]

    Les lobbyistes.

    Très nombreux auprès des responsables politiques, 2,5/ sénateur, ils œuvrent, en particulier, auprès des responsables politiques pour placer leurs soutiens aux postes de régulation  et empêcher la rédaction de lois contraires à leurs intérêts.

    L’affaiblissement des syndicats.

    Cet affaiblissement n’a cessé de s’accentuer depuis la grève des contrôleurs du trafic aérien brisée par Reagan en 1981.

    La discrimination économique contre de vastes composantes de la société américaine.

    Les femmes, les Afro-américains, les Hispaniques font l’objet de discriminations sur les salaires et les crédits. Leur niveau de vie est bas.

    L’inégalité est plus grande dans les dividendes que dans les salaires et plus grande dans les plus- values que dans  toute autre forme de revenus.

  3. La bataille du budget.

    Pour maîtriser les déficits, il faut connaître leur histoire depuis la dernière période excédentaire. La logique commande, en effet, d’inverser les mesures qui ont inversé la situation budgétaire de l’Etat.  Aux USA les causes des déficits sont les suivantes :

    Les réductions d’impôts des plus riches, surtout par Bush.

    Le financement des guerres d’Irak et d’Afghanistan, de 2000 à 3000 milliards de dollars. 50 % des soldats vont recevoir des pensions d’invalidité.

    Les dépenses militaires égales à celles du monde entier, dont les superprofits des prestataires militaires.

    Le remboursement des médicaments de Medicare.

    La grande récession de 2008 qui a provoqué le déficit le plus grave.

  4. Les réformes : l’autre voie.

    Les premières réformes consisteraient à arrêter le déficit : supprimer les réductions d’impôts des riches et des entrepreneurs qui n’investissent pas,  cesser les guerres, faire payer les pollueurs, ne pas surpayer les achats publics, assurer le plein emploi par des formations de mutation et des investissements dans les secteurs d’avenir, taxer les rentes.

    Les taxations des industries polluantes, pétrole, gaz, charbon, chimie sont à instaurer, de même que la taxation des  transactions financières (la France serait en train d’en adopter une sur les marchés des changes), les niches fiscales doivent être abandonnées et les rentes taxées à des taux plus élevés.

    Joseph Stiglitz juge que baisser les salaires et réduire les budgets ne ramène pas l’économie à la prospérité : c’est lui infliger une contraction, un choc « récessionniste ». Il critique l’austérité de l’Europe, imposée par le fétichisme du déficit de la troïka FMI, Commission européenne, banque européenne, organismes non élus, politique inadaptée aux maux et souligne la rigidité du système monétaire de l’euro sans mécanisme d’ajustement quant aux taux de change et d’intérêt.  Les hausses d’impôts sur les riches  et de dépenses stimulent l’économie. Il est contre-productif  d’accorder un chèque en blanc aux entreprises : il faut soutenir les seules entreprises créatrices d’emplois et productrices d’investissements à forte productivité.  L’entreprise américaine AIG a reçu de L’Etat plus de 150 millions de dollars de renflouement, plus que l’aide sociale aux pauvres de 1990 à 2006 ! Une aberration…

     Les banques indépendantes ne le sont guère et surtout surveillent  l’inflation alors qu’elles devraient travailler la répartition, l’emploi, la croissance et la stabilité financière. Pour l’économiste les mouvements de l’inflation ne sont pas le premier danger. Il faut réglementer les banques, interdire leurs crédits frauduleux, les priver de leurs abus de pouvoir, leur demander des comptes et les punir. Obama a donné des milliards de dollars de fonds publics aux banques après la crise de 2008 et n’a pas aidé, en temps utile, les citoyens surendettés par les crédits d’achat de leur maison…Obama est impuissant ou peu courageux…

    Il faut rendre l’impôt sur le revenu et sur les sociétés plus juste et plus progressif, créer un impôt sur les successions plus efficace afin de prévenir la création de nouvelles oligarchies et puis, aider les autres. C’est-à-dire, améliorer l’accès aux soins, à l’éducation, à l’épargne et assister sérieusement la formation des salariés afin qu’ils passent des emplois perdus aux nouveaux emplois qui se créent…

    Les politiques peuvent remodeler les forces du marché pour qu’elles nous rapprochent de l’égalité. Il s’agit de retrouver  la doctrine  de l’intérêt bien entendu, évoquée par Tocqueville qui concilie l’intérêt personnel et l’intérêt personnel de tous les autres. Tant que Le 1 % occupera tous les postes politiques, ces réformes simples ne pourront pas être appliquées.

  5. L’espoir.

    Les 99 %,(parfaitement informés par Joseph Stiglitz), pourront un jour sortir de leur désillusion et de leur impuissance pour se rebeller contre leur asservissement aux intérêts d’une élite minuscule. Les riches cesseront alors de kidnapper le processus politique à leurs propres fins et la démocratie égalitaire vaincra la ploutocratie.

    Annie Keszey.

    www.atelier-idees.org

    www.rupture-et-metamorphose.org

    www.notreputeaux.com