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15/08/2016

LE POUVOIR LOCAL.

Tout au long du processus de décentralisation, les élus locaux ont gagné en pouvoir, en indemnités potentielles, en compétences et en responsabilité. Les modifications apportées par les lois de 1982 ont trois conséquences particulières.

La première est que l’essentiel du pouvoir local est concentré sur quelques personnes seulement. Le « scrutin de liste bloquée », règle électorale héritée des lois de décentralisation de 1982 s’appliquant dans les communes de plus de 3 500 habitants, a pour effet de concentrer le pouvoir sur la tête de liste, tant avant les élections – au moment de la composition de la liste – que pendant celles-ci – où l’image du futur maire potentiel incarne littéralement toute la liste, à tel point que l’on croit élire un maire et non des conseillers municipaux - , et surtout après les élections, pendant toute la durée du mandat, où le maire et sa garde rapprochée (quelques adjoints et « hauts fonctionnaires  locaux » de confiance, directeurs généraux et directeur de cabinet) pourront régner, soutenus par une majorité silencieuse d’autant plus confortable qu’est attribuée, avant l’application de la règle proportionnelle, une prime au vainqueur de 50 % des sièges, une règle qui réduit généralement les vaincus dans une opposition d’autant plus virulente qu’inefficace et sans autre pouvoir que celui apporté de temps à autre par des médias locaux, soucieux de ne pas paraître trop chevillés au pouvoir en place. La concentration du pouvoir sur le maire est telle que, même dans sa propre majorité, les voix dissonantes ne peuvent en pratique jamais s’exprimer : tous les colistiers sont aux ordres, parce que tous, en acceptant de mettre leur nom sur la liste, ont en quelque sorte fait vœu d’allégeance à leur tête de liste...

La seconde conséquence est que le niveau de compétence nécessaire pour exercer « ce métier d’élu » c’est-à-dire de faire une carrière politique, s’est considérablement élevé. Corrélativement s’opère alors une sélection sociale et culturelle de plus en plus forte dans l’accès aux positions de pouvoir...

La troisième conséquence du processus de décentralisation, associée au développement de la crise économique, est la généralisation d’une véritable compétition locale entre collectivités visant à conquérir divers marchés. Les collectivités semblent être devenues des entreprises, du moins elles montrent de nombreux signes d’une telle transformation : application de nouvelles méthodes de management importées du secteur privé et dont le credo est efficacité et rentabilité ; appel à des partenaires privés pour la mise en œuvre de services assurés jusque-là par du personnel territorial ; développement sans précédent d’une politique d’image à visée attractive dont les clients sont certes les habitants actuels et  potentiels, mais surtout  aussi – et peut-être avant tout – les touristes, les cadres et dirigeants d’entreprises, qu’il faut convaincre de se poser – au moins provisoirement – dans le territoire pour y apporter croissance et dynamisme. Le pouvoir du conseil municipal repose en effet beaucoup sur ses ressources financières qui dépendent du nombre d’habitants (taxe d’habitation et taxe foncière) mais aussi de la présence  d’entreprises et de commerces... Malgré certains systèmes de compensation en direction des communes les plus pauvres, on comprendra que les services rendus aux populations locales sont inégaux...

L’importance accordée aux partis politiques dans la conquête du pouvoir local ne doit pas occulter une autre composante du capital politique : le capital personnel du notable. Celui-ci ne peut s’acquérir que dans la durée et par un lent travail d’investissement dans les lieux de la vie sociale, au sein des associations, mais également au cours de diverses manifestations publiques – allant des fêtes populaires aux réunions les plus mondaines, en passant par les cérémonies religieuses -, au sein des organismes représentatifs de différents groupes professionnels..., des organismes semi-publics..., ou encore des instances dirigeantes non associatives...La seule présence dans ces lieux ne suffit pas. Il faut aussi progressivement réussir à occuper les positions dominantes et à gagner la confiance d’un nombre toujours plus grand de personnes appartenant au territoire défini par le type d’élection envisagé...Ce capital relationnel ne concerne pas forcément directement la masse des électeurs potentiels, mais concerne les agents par lesquels celui qui brigue un mandat va pouvoir accéder aux positions lui permettant de défendre publiquement ses prises de positions...

Deux autres éléments semblent favoriser la professionnalisation en politique...Le premier est le fait d’être natif du territoire brigué – ou au moins d’y avoir vécu de très nombreuses années – et d’en avoir les attributs ou les stigmates, sortes de signes d’appartenance locale, gages d’authenticité permettant de comprendre le territoire et ses habitants. On pourrait y ajouter quelques effets de lignée familiale...Le second élément tient à l’appartenance sociale : il semble que les postes des pouvoirs locaux –ou au moins une partie d’entre eux – soient détenus par des fractions un peu moins aisées que les postes les plus élevés dans la hiérarchie du pouvoir national, selon un principe de recherche de rendement...Si l’on s’est rendu compte de ses propres limites politiques, on obtiendra un rendement plus élevé sur un marché plus restreint où la concurrence est plus faible...

Des liens structurants existent entre le local et le national mais une action locale est possible pour limiter sa dépendance...Toute la question de la conquête d’une identité propre est là : exister, c’est savoir transformer (pour gagner la confiance des électeurs déçus), tout en sachant conserver (pour gagner celle des électeurs méfiants), c’est se distinguer des autres collectivités (de taille comparable) tout en montrant qu’on leur ressemble (une commune de notre importance a le droit d’avoir tel équipement...mais le nôtre sera meilleur que les autres)...

Un acteur politique local de premier ordre est un acteur qui a su développer ses réseaux à tel point qu’il va réussir à les mobiliser pour attirer dans son territoire des crédits et subventions supplémentaires (de Paris et de Bruxelles), des entreprises qui vont s’y développer tout en contribuant à l’enrichir, et à y créer des événements et des structures innovantes et attractives sur les plans culturel, sportif et social...

L’accroissement des responsabilités de cette élite politique locale corrélative à l’abandon progressif de l’engagement de l’Etat lui confère une sorte de monopole dans l’intervention publique auprès des acteurs locaux dont la survie en dépend : acteurs associatifs, culturels et sportifs, et tous ceux qui mènent des actions dont la « rentabilité » ne se résume pas à des profits matériels. Les dispositifs de démocratie participative qui se sont développés et qui sont censés contrebalancer cet éloignement (à condition que les motivations de leurs initiateurs ne soient pas strictement électoralistes) ne parviennent guère à motiver les citoyens, du moins l’immense majorité d’entre eux, et notamment ceux dont les problèmes ne parviennent pratiquement jamais au statut de parole publique, ni même simplement de parole.

Extraits de Pouvoirs et démocratie locale. De l’existence d’un champ politique local. De Michel Koebel, maître de conférences en sociologie à l’Université de Strasbourg. Cahiers philosophiques n° 119.

Annie Keszey.

 

 

22/03/2016

PUTEAUX. Voisins vigilants en orthographe.

La municipalité publie chaque mois « Puteaux Infos » pour l’information des citadins. La correction formelle des textes fait l’objet d’une vigilance normale, parfois même subtile.

L’opposant à la majorité, du MoDem, en alerte permanente maximale pour déceler les imperfections de la maire, souligne, sur son blog, une incorrection orthographique dans cette publication de mars 2016. Au lieu du titre « Amours éternels », il aurait fallu écrire « Amours éternelles ».

L’Académie française nous informe :

Amour (au sens de « sentiment passionné ; passion charnelle ») est souvent féminin au pluriel. On le rencontre, soit dans un usage populaire qui se reflète dans divers textes (chansons...), soit dans une langue littéraire assez recherchée, au féminin singulier (« L’amour, la vraie, la grande... » chez Anouilh ; « la grande amour » chez Queneau ; « cette amour curieuse » chez Valéry ; Une amour violente, enregistré par l’Académie), tandis que le masculin pluriel appartient à tous les niveaux de langue. En dehors de ces sens, amour est presque toujours masculin, au singulier comme au pluriel ; il l’est toujours quand il désigne des représentations du dieu Amour.

Puteaux Infos n’est pas rédigé en registre soutenu, pas davantage en registre familier, mais en registre courant de langue adapté à son auditoire. Il n’y a donc pas d’incorrection orthographique.

En retour, et en bonne voisine vigilante, elle aussi, Mme Ceccaldi-Raynaud fait remarquer au conseiller municipal du MoDem qu’il écrit, sur son blog, « piétonnisation » au lieu de « piétonisation ».

« Piétonisation-piétonnisation » est un néologisme. Son orthographe n’est pas fixée par les usagers. Le dictionnaire " Larousse " qui écrit le mot avec 2 n est contredit par d’autres sources, en sachant que les dictionnaires ne sont pas les responsables fondateurs des évolutions linguistiques. La plupart des sites des villes présentant leurs travaux publics d’urbanisation utilisent piétonisation. Les deux orthographes seraient utilisées à égalité, celle avec 2 n étant la plus récente. Hélène Carrère d’Encausse, académicienne, spécialiste de la Russie, ne s’oppose pas au dictionnaire franco-russe dans lequel on ne trouve que la définition de piétonisation, avec un seul n !

M Patrick Vannier de l’Académie française contacté par courriel répond, le 21mars 2016, que piétonisation ne s’écrit qu’avec un seul n : c’est la source sûre.

Les deux voisins vigilants se retrouvent donc à inégalité fraternelle dans ce combat portant sur des questions orthographiques certes fines mais utiles cependant pour que, nous, citadins, progressions toujours vers un Puteaux -« Demain » de grande qualité linguistique. L’opposant du MoDem ne manquera pas de modifier son texte sur son blog : il est également journaliste et ne saurait persister dans son inexactitude.

De plus !

Peut-on s’intéresser à des cas linguistiques aussi fins sans respecter soi-même la langue courante, bien stabilisée ?

Cet opposant du MoDem, ce 20/03/2016, envoie une alerte (!) sur son blog :

Insolite : une tentative de correction orthographique au conseil municipal de Puteaux. [Et donc, une tentative pertinente.]

Piétonnisation. [Non, incorrection orthographique, donc, de l’opposant.]

Transformation de la circulation dans une rue, réserver majoritairement aux piétons.

Réserver avec er pour terminaison ? Non !

Il fallait écrire : transformation de la circulation dans une rue, réservée majoritairement aux piétons ou copier consciencieusement le dictionnaire qui écrit transformation de la circulation dans une rue pour la réserver majoritairement aux piétons...

Mais, rien de grave, Anticor n’a pas encore prévu de casserole quand on confond les participes passés et les infinitifs. Cette incorrection devrait peut-être conduire cet opposant à des alertes (?) plus modestes et plus « académiques ».                                             Annie Keszey.

 

 

 

05/02/2015

PUTEAUX. 31 janvier 2015. Communiqué aux paroissiens.

 

 Ces derniers jours ont été marqués par une activité médiatique au sujet des travaux effectués par la mairie à l’église Notre-Dame de Pitié (mise en peinture des murs du chœur et de l’entrée ainsi que des statues). De nombreux paroissiens ont réagi en posant des questions sur l’origine des travaux. A notre demande, nous avons rencontré Madame le Maire le samedi 28 janvier. 

 

Au cours de ce rendez-vous, Madame le Maire a reconnu n’avoir ni consulté ni informé la Paroisse contrairement aux procédures normales en ces circonstances. Nous regrettons que cet entretien n’ait pas permis de revenir à des relations plus conformes à la loi, la coutume et tout simplement la cordialité entre acteurs et responsables du vivre-ensemble dans notre ville.

 

Nous rappelons que l’église Notre-Dame de Pitié est affectée au culte catholique même si la commune en est propriétaire. Cette situation est celle des églises communales construites avant 1905. Or, comme l’a résumé le journal La Croix du 28 janvier 2015, « selon ce régime d’affectation, le bâti et le mobilier ayant fonction cultuelle ne peuvent être aménagés, restaurés, transformés sans une collaboration étroite entre le propriétaire- la ville de Puteaux- et l’affectataire –le curé de la paroisse ». 

 

A notre connaissance, la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) est intervenue à propos des travaux réalisés à Notre-Dame de Pitié.

 

Les membres du clergé et les laïcs de l’EAP, au nom de la paroisse, souhaitent pouvoir user des relations cordiales et vivre un jeu institutionnel fluide avec la Mairie. C’était  la raison de notre démarche. Nous tenons à réaffirmer notre volonté d’être au service de tous et de la communion.

 

Le père A.Lotodé, le père M.Autané et le diacre Y. Doubliez. 

 

Oh ! Qu’en termes « chrétiens » ces choses-là sont dites ! La maire a de la chance de n’être pas « clouée au pilori »  par ces interlocuteurs déraisonnablement méprisés.

 

L’église Notre-Dame de Pitié, nommée ainsi en 1523, a été restaurée en 1975, classée « Monument historique » et rouverte ensuite au culte...

 

Le communiqué sous-tend  la méconnaissance des incidences historiques de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, par la maire, son adjoint à la culture -son fils Vincent Franchi- et les nombreux conseillers de la majorité.  Fortement combattue par les Eglises au moment de sa rédaction, la loi est devenue, dès « l’Union sacrée » de 1914, une loi de cohésion nationale.

C’est une loi au service de la paix, une recherche d’harmonie entre tous. C’est la nécessité de réunir les hommes pour assurer leur coexistence.

Le premier magistrat de Puteaux, à partir du communiqué des Hommes d’église, ne le sait pas.

L’ignorance n’est pas une culpabilité quand, reconnue ou dénoncée, elle se traite. Organiser une conférence en mairie sur les rapports actuels entre l’église catholique et l’Etat (dont les collectivités locales) s’avère nécessaire. Jean Baubérot, par exemple, pourrait être sollicité. C’est un spécialiste subtil.

Le code du patrimoine signifie qu’un immeuble classé ne peut «être l’objet d’un travail de restauration, de réparation ou de modification quelconque, si l’autorité compétente n’y a pas donné son consentement ». L’autorité compétente est le préfet de région ou le ministre chargé de la Culture. L’accord du prêtre est souhaitable, contourné ici, mais n’est pas suffisant.

Lors d’une restauration l’œuvre risque de perdre ce qui lui donne sa valeur, à savoir son intégrité historique et esthétique. Pour le respect de ces valeurs, des principes de restauration ont été formulés dans des théories, des lois, des conventions, des chartes internationales.

La restauration entreprise sans l’autorisation requise de la DRAC, par la mairie, est un outrage à l’église.

Une partie de l’intérieur a été repeinte en mauve et en rouge. Trois statues en bois et en pierre ont été recouvertes de peinture beige.

Le site « La tribune de l’Art » commente cette erreur et publie les photos suivantes, explicites. 

 

Ne pas toucher aux trésors architecturaux de l’histoire sans autorisation est l’indispensable protection contre les faussaires  qui se promeuvent artistes.

 

 

 

 

 

 

 

 

Une seconde conférence, par la Direction régionale des Affaires culturelles, préciserait au moins, aux responsables, les règles  élémentaires de protection des bâtiments historiques français, dont Notre-Dame de Pitié. A partir de ces lieux de mémoire il s’agit de transmettre des références culturelles authentiques aux générations futures.

 

 

 

La DRAC a constaté sur place la matérialité des faits.  Il n’y aura pas de poursuites judiciaires, l’intention de la mairie n’étant pas reprochable.

Un plus grand professionnalisme des autorités de Puteaux évitera sûrement désormais ces palpitations gestionnaires.

Annie Keszey.