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27/02/2017

Les politiques pris aux mots. Ce qu'ils disent vraiment.

L’auteur de ce livre de 385 pages, au Seuil, est Cécile Alduy, professeur de littérature à l’Université et chercheuse associée au Cevipof à Sciences Po. Son précédent livre était, en 2015, « Marine Le Pen prise aux mots. Décryptage du nouveau discours frontiste ».

« Cécile Alduy clarifie le sens des mots du débat politique, à l’aube d’une période électorale à hauts risques. Elle passe au crible plus de 1 300 textes-2,5 millions de mots- écrits ou prononcés de 2014 à 2016 pour décrypter  mots-clés, mots fétiches et mots tabous, et cartographier les positions de chacun et la reconfiguration du paysage politique...

Plus que jamais la bataille des idées passera par celle des mots... »

L’étude scientifique, profonde et minutieuse ne se prête pas au résumé. La lecture complète, passionnante, est une aide précieuse à tout électeur qui tente de  choisir un candidat à la présidentielle de 2017 en dehors de la superficialité d’une dépendance classique à un parti politique, à une idéologie ou à une opinion.

« Cette enquête sémantique, stylistique et rhétorique dévoile derrière l’écume des petites phrases la structure profonde de la vision du monde des politiques...»

Terminées avant les primaires, les études concernent surtout Marine Le Pen,  François Fillon,  Jean-Luc Mélenchon,  François Hollande,  Nicolas Sarkozy et Alain Juppé.

Extraits. Pages 37 à 63.

« Si pour un président en exercice, parler c’est agir, car le verbe deviendra loi, pour les candidats à la fonction suprême, parler, c’est d’abord, avant même de vouloir convaincre, exister...

Le capital symbolique de la fonction présidentielle a été dilapidé en deux mandats en apparence opposés, l’un placé sous le signe d’une hyperprésidence délétère (2007-2012), l’autre d’une hypoprésidence sibylline (2012-2017). L’un a écrasé la fonction présidentielle  sous la pression d’un ego surdimensionné, l’autre l’a vidée de sa crédibilité à force de paris non tenus et de revirements mal expliqués...

Quelle stratégie de présentation de soi chaque candidat adopte-t-il pour, avant même de proposer un programme, être habilité à entrer sur scène ?... Pour Nicolas Sarkozy, être un président digne de ce nom, c’est d’abord et avant tout être un chef...L’essence de la présidence, c’est le leadership et le leadership est assimilé à l’autorité du père de famille...Et vous savez quelle est la spécificité du président de la famille ? Tous les autres peuvent parler, le président de la famille doit décider et je déciderai à chaque fois que je pense que l’intérêt général de notre famille politique et de notre pays est en cause...La pensée conservatrice est basée sur le modèle du père autoritaire, tandis que le libéralisme est centré autour du parent bienveillant...La déclaration de candidature d’Alain Juppé est un modèle de sobriété et de modestie, le texte brille par son optimisme « croissance », « confiance », « France », sont les trois substantifs les plus fréquents. Viennent ensuite « nouvelle », « capable », « demain », « programme », « progrès », « dialogue », « durable »...Alain Juppé veut Apaiser, rassembler, réformer, surtout il refuse de faire peur alors que Nicolas Sarkozy veut mettre en ordre son parti et la France...Alain Juppé serait-il devenu le modèle du « Père bienveillant ? »...Ce divorce entre la langue parlée (du centre, voire de gauche) et l’électorat de la primaire de la droite et du centre a posé un indéniable problème de positionnement politique qui s’est révélé fatal au candidat Juppé.

François Fillon, le candidat « humble », taciturne, besogneux, surnommé Monsieur « Nobody » ou « Droopy » dans les médias fait une ascension fulgurante dans les dernières semaines des primaires  pour finalement l’emporter... « Ascension », « révélation », « résurrection », « apothéose », après des années de « sacrifices » et de souffrance, le vocabulaire christique envahit les commentaires tant il colle à la mise en récit de sa campagne par l’intéressé lui-même...C’est en tout cas bien « l’ethos » d’une candidature morale, d’un homme droit, humble, prophète dans le désert, prêt au sacrifice pour « la renaissance », si ce n’est la rédemption de la France qu’il a construit en filigrane au fil des ans...Humilité, sobriété, probité ( Je considère que la question de l’exemplarité et de la probité sont fondamentales pour le redressement national. 30/09/2016. Le devoir de se réconcilier avec les Français en se comportant avec probité et rigueur. 3/06/2014), constance, persévérance, sacrifice, loyauté, droiture, intégrité, sérieux, foi (Foi en la France. Foi dans le progrès. Foi dans l’homme. Foi inébranlable dans la tolérance, le progrès.). François Fillon a mis en avant une candidature morale, de conviction et de vérité profondément imprégnée de valeurs chrétiennes. Se dessine le profil d’un messianisme sobre : un charisme né de la rectitude morale du candidat et de l’adéquation entre valeurs défendues et valeurs incarnées. Ce candidat pourra libérer la France  du déclin et de la décadence - terme qu’il est le seul à utiliser-, car la vérité lui a été révélée et qu’à son tour il veut la dire sans trembler...

La présidentialité du président Hollande  a été tout au long du quinquennat un objectif fuyant et une qualité éphémère...François Hollande souffre surtout de la comparaison avec l’hyperprésidence de Nicolas Sarkozy. On ne pourra ici que tracer quelques pistes : un je qui fait la part belle au  nous du gouvernement et de la France ; une projection dans un futur hypothétique plutôt que la proclamation d’un faire immédiat effectif et efficace ; une volonté moins affichée, moins directe ; l’aveu, parfois, d’une impuissance face au destin. Finalement la mise en scène de soi et le style de François Hollande campent un président ordonnateur et metteur en scène plus qu’acteur...Certaines structures grammaticales ou syntaxiques envoient des indices subliminaux de délégation ou de défauts d’autorité. L’une d’elles est l’utilisation de formules passives, impersonnelles pour annoncer des prises de décision au lieu d’en revendiquer personnellement la paternité : Plus de 150 mesures ont été décidées depuis un an et demi et c’est considérable...De même François Hollande préfère souvent souligner le travail collectif plutôt que sa poigne personnelle : pour parler de l’action de l’exécutif, l’expression « nous avons décidé », l’emporte sur « j’ai décidé » dans une proportion de quatre à un...Refusant par modestie ou honnêteté (et absence de résultats) de revendiquer le coup d’éclat d’une action salvatrice, Hollande se montre régisseur d’une scène où il semble rechigner à monter...

Toute l’ambivalence de la position de Jean-Luc Mélenchon est comprise dans le paradoxe fondamental de son programme qui l’oblige à concourir à une fonction élective dont il rejette le principe et à participer à la grande machine médiatique de la présidentielle qu’il honnit !...

Le paradoxe n’est donc qu’apparent : Jean-Luc Mélenchon n’intègre une logique verticale de leader charismatique que pour faire émerger une structure de pouvoir horizontale...C’est lui qui utilise le moins le pronom personnel sujet « je » (sa fréquence relative est de 6,75 pour mille et pour François Fillon 15,29 pour mille). »

C’est en quarante pages (ces deux pages qui précèdent ne sont donc pas suffisantes) que Cécile Alduy démontre que «  la « présidentiabilité » n’est donc pas une notion abstraite et isolée dont la définition vaudrait universellement pour tous les candidats...

Page 72.

La conquête du pouvoir s’énonce souvent sur le modèle implicite ou non d’une quête. Pour cela il faut d’abord nommer l’objet de la quête, c’est-à-dire décrire la situation de crise à l’origine de tout roman, la perte à l’origine de tout conte. Le schéma actanciel de base des contes populaires, tel qu’il est décrit par Vladimir Propp et complété par Algirdas Julien Greimas, fournit un modèle de lecture efficace de la structure sous-jacente des récits de présidentiables. L’arc narratif en est simple : une situation initiale d’équilibre, un élément perturbateur qui vient rompre cette harmonie et provoquer un manque, l’intervention d’un héros qui acquiert et prouve ses compétences au cours de la quête, enfin le dénouement qui est un retour à l’équilibre, une fois que l’objet, concret et symbolique qui faisait défaut est ramené par le héros... ». Après les analyses fines des campagnes des six candidats l’auteur aboutit à un tableau comparatif.

Trois exemples. Page 76.

Pour Marine Le Pen, la situation initiale est celle d’un âge d’or de la France éternelle. L’opposant/la cause du manque c’est l’immigration, le « mondialisme », le multiculturalisme, le fondamentalisme islamiste. L’objet manquant ou désiré : l’Unité et la souveraineté. Le sujet est Marine Le Pen, « Jeanne d’Arc ». L’adjuvant/la valeur porteuse c’est le peuple, la vérité...

Pour François Fillon, la situation initiale est un Etat en faillite. L’opposant/ La cause du manque c’est l’Etat- providence, la gauche. L’objet manquant ou désiré c’est la liberté, la vérité, la croissance. Le sujet est un nouveau messie. L’adjuvant et la valeur porteuse c’est la rupture...

Pour Jean-Luc Mélenchon, la situation initiale est la Révolution française : l’égalité et la souveraineté du peuple. L’opposant/la cause du manque c’est l e capitalisme et la mondialisation, la « Monarchie présidentielle» et la « gauche » traîtresse. L’objet manquant ou désiré c’est la souveraineté démocratique et l’égalité. Le sujet est le peuple constituant. L’adjuvant et la valeur porteuse c’est « l’éco-socialisme », dont le porte- parole est Jean-Luc Mélenchon...

Celui ou celle qui parviendra à donner un sens global à la situation du pays en embrassant passé, présent et futur dans un même scénario de reconquête d’une plénitude, et à convaincre les électeurs de la pertinence de son récit, aura gagné la bataille des récits concurrents...

Extraits de l’épilogue. Page 364.

... En faire trop ou en dire trop peu, taire ou exagérer, pacifier ou attiser, telles semblent être les alternatives : toutes périlleuses. Du côté d’une rhétorique de l’excès et de la transgression intentionnelle on citera Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Sarkozy et Manuel Valls, et, pour certains sujets seulement et selon un calendrier minutieusement choisi, Marine Le Pen. Du côté de la mesure, de la litote, voire du contournement, Alain Juppé et François Hollande rivalisent de modération et d’esprit de nuance, au risque d’être inaudibles. François Fillon joue sur le fil entre ces deux tentations. Il tient une ligne intermédiaire : ni provocation, ni discours lénifiant  mais le choix d’une rhétorique de la rupture et d’un discours de « vérité » qui se veut révolutionnaire, alors qu’il vise à mettre en place un retour en arrière (conservatisme culturel, redressement moral et libéralisme thatchérien). Les destins d’Alain Juppé et de François Hollande sembleraient donner raison aux partisans d’une stylistique de l’emphase, si Nicolas Sarkozy, adepte du clash, ne s’y était abîmé...

« Le chaos politique n’est pas sans rapport avec le pourrissement de la langue » pointait George Orwell en 1946. Il ajoutait : « il est sans doute possible d’améliorer quelque peu la situation en commençant par le langage. » Il est temps de prendre soin des mots dont nous usons pour créer le monde de demain......Espérons que nos responsables politiques préfèreront les mots qui vivifient aux mots qui figent. L’agilité et la justesse à la rigidité et l’injustice. »

Annie Keszey.

 

 

14/11/2016

Cumuler individuellement les votes aux deux primaires.

Une nouvelle nécessité démocratique.

Deux primaires avant l’élection présidentielle de mai 2017 sont  prévues, chacune à deux tours : celle de la droite et du centre, éclatés, celle de la gauche éclatée.

Ce qui est en train de se passer aux Etats-Unis, comme en France, c’est que l’aléa, l’imprévu, renverse la table autour de laquelle les élites banquetaient.  Désormais tout est devenu possible (Joseph Macé-Scaron). Donc, tout futur électeur appartenant, en particulier, aux 70 % des Français qui refuseraient les trois candidats Nicolas Sarkozy,  François Hollande et Marine Le Pen, doit  accroître son poids individuel démocratique en participant aux deux primaires et à leurs deux tours probables. Si d’autres primaires s’ajoutaient ultérieurement il faudrait également y participer.

Caroline Fourest, éditorialiste, fait un reproche essentiel d’actualité à saint Sarkozy de Latran qui loin de méditer sur ses fautes, prétend en 2016 défendre le modèle laïque français. Lorsqu’il était président, il n’a cessé d’appeler de ses vœux une laïcité positive, ouverte, c’est-à-dire accommodante et a souhaité abattre l’article 2 de la loi de 1905, âme de la loi...Le bilan médiocre de son mandat est évalué.

Thomas Piketty, économiste, craint que François Hollande ne soit qu’un social cafouilleur à répétition dans un socialisme de l’usine à gaz...Le bilan interpellant de son mandat est en cours d’évaluation.

Olivier Pastré, économiste, démontre que le programme schizophrène de Marine Le Pen nuira d’abord, rapidement, prioritairement et paradoxalement, aux intérêts de ses électeurs. Un programme cynique pour masochistes.

Pour Mathieu Goar, journaliste, Nicolas Sarkozy et François Hollande soldent leur passé en s’offrant une nouvelle image. 

A chaque primaire, l’électeur  dispose de deux possibilités : voter pour le candidat de son choix, c’est  une action démocratique habituelle pour promouvoir, ou voter contre le candidat auquel il s’oppose,  afin de tenter son exclusion préalable de l’élection présidentielle, en reportant son choix sur un des autres candidats participants : action démocratique inhabituelle, réfléchie, d’affaiblissement. A ce niveau, l’abstention, le vote blanc ou le vote nul restent peu pertinents.

L’exercice fondamental du droit de vote suppose une connaissance sérieuse des bilans des candidats répétitifs et des programmes des nouveaux prétendants au rôle suprême. Les choix d’électeurs fanatiques, idéologues ou ignorants, ont souvent induit, dans l’Histoire, des drames collectifs. Un autre savoir est indispensable : celui du théâtre politique de « faussaires » aux déclamations irréelles que refusent désormais les électeurs, éclairés. Ces électeurs, par exemple, ne croient plus aux promesses grandioses des candidats, trahies depuis des décennies : « Changer la vie- Le droit à la beauté » de François Mitterrand, « En finir avec la fracture sociale » de Jacques Chirac, « Je veux une République exemplaire » de Nicolas Sarkozy, « Le changement, c’est maintenant-Mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance », de François Hollande... D’autre part, la lucidité citoyenne appelle au rejet de la croisade « antisystème » des candidats du système, nombreux,  qui recherchent, en dupant, une arme de mobilisation massive. 

Il n’y a plus de fossé entre le socialisme et le libéralisme : le libéralisme est devenu social-démocrate et le socialisme libéral-productiviste. Manuel Valls et Henri Guaino représentent, autant l’un que l’autre, le socialisme réconcilié avec le libéralisme.

L’avenir de la France ne peut être ni socialiste, ni capitaliste tant ces deux voies  échouent.

Il s’agit de faire de la politique pour un projet qui fasse sens commun : une régénérescence pour quitter l’insécurité culturelle (Laurent Bouvet).

L’économie vire réellement à la folie. Le capitalisme actionnarial, c’est-à-dire le primat de la rentabilité financière, n’est pas seulement injuste et inefficace, il engendre la souffrance au travail, il tue les gens et détruit notre écosystème...La transition démocratique de mai 2017 doit avancer vers un autre système économique et politique (Jacques Généreux).

L’économiste socialiste Bernard Maris, assassiné avec les journalistes de Charlie Hebdo, dans « Plaidoyer (impossible) pour les socialistes » synthétise les échecs des deux voies politiques traditionnelles.

«Le capitalisme mène une guerre permanente à la société en modifiant les structures, les besoins, les marchés, les comportements ; il en institue la pression et le mouvement brownien permanents qui empêchent les hommes de s’arrêter, de penser et de vivre... Le capitalisme d’aujourd’hui est morbide et suicidaire : il sait qu’il tue l’humanité et il le fait...Tout ce qui existe a vocation à passer par l’eau de vaisselle du libéralisme, à être nettoyé dans l’évier graisseux de l’offre et de la demande. Ce monde totalitaire du calcul, de l’évaluation et de la computation peut bien être peint en vert, avec le logo Monsanto écrit en vert, il reste le monde du calcul et de l’horreur économique...Le capitalisme va détruire en deux siècles le pétrole que la terre a mis vingt millions d’années à fabriquer...

Le socialisme moderne est technocratique, statistique, étatique et non démocratique, globaliste, mondialiste, libre-échangiste, oubliant la morale au nom de l’efficacité et de la gestion, refusant le passé au nom du progrès et de la modernité, oubliant l’hymne à la beauté de celui qui voulait, je cite, Marcher et chanter, et délirer même sous les cieux, respirer les larges souffles et cueillir les fleurs du hasard . Les fleurs du hasard ! Y a-t-il métaphore plus anti technocratique?

Ils ont tué Jaurès !...Le socialisme, à son tour, mène la guerre civile perpétuelle pour le compte du capitalisme. Il est devenu le condottiere du capital... 

Alors, adieu. Adieu. Laissons les socialistes gérer la guerre aux vivants avec les libéraux. La vie est ailleurs. » 

Très chers amis électeurs de la présidentielle de 2017, malgré le pessimisme de Jean-François Kahn (Réflexion sur mon échec/ L’Aube) qui estime avoir perdu la quête de sa vie d’un dépassement de la bipolarité débilitante, il n’est pas impossible de trouver, non pas un entre-deux, mais une alternative à la débâcle d’aujourd’hui, la réinvention d’un devenir...

Il faut refuser d’envisager un choix nul, qui induirait, pour chacun, un vote nul : aucune autre issue que de relever la tête !

Nos futurs représentants ne seront plus des désireux de places confortables et bien rémunérées mais des engagés compétents dans la quête du bien commun : presque une révolution !

Il nous faut trouver, en six mois, un candidat (homme ou femme) pragmatique mais visionnaire, talentueux, unificateur, intègre et profondément démocrate. Un candidat que l’on souhaite admirer, soutenir et respecter. Ses engagements définis avec expertise par Thomas Piketty, devront impérativement inclure la réorientation de la mondialisation en luttant contre les inégalités scolaires, sociales, économiques et territoriales pour réconcilier la France d’en haut et celle d’en bas, en servant la protection de la terre au-delà des accords sans contraintes, pour un modèle de développement équitable et durable, en créant une puissance publique européenne forte, juste et fraternelle...Il ne sera plus possible de négocier des traités de libre-échange, en échange de rien...

Un rêve...français.

Annie Keszey.

 

14/12/2015

Remèdes politiques : après le 13/12/2015.

Si l’on refuse de choisir, lors de l’élection présidentielle de 2017, entre les trois candidats François Hollande, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, alors il faut SAVOIR puis AGIR.

Dans ce but, les meilleures idées actuelles et à venir sont à diffuser.

Préalable : « Hollande, Sarkozy, qu’ils ne se représentent pas », par la rédaction de Marianne.

   1. Un candidat pour un nouveau monde : Alain Juppé.

   2. A suivre... (ultérieurement « La nouvelle société du coût marginal zéro » de Jeremy Rifkin.)

Préalable.

Quarante ans, ça suffit ! Depuis quarante ans, l’un et l’autre (Hollande et Sarkozy) œuvrent dans les coulisses, d’abord comme seconds couteaux, avant d’occuper les premiers rôles de la vie politique...

Nous avons tous été assommés des photos du très jeune Sarkozy auprès de Chirac et du très jeune Hollande auprès de Mitterrand. Ils ont posé ensemble dans Paris Match pour défendre de concert le traité européen de 2005. Ils ont mené carrière, conquis le sommet de l’Etat, assouvi leur suprême ambition en gagnant l’Elysée. Personne ne peut le leur reprocher. Ils ne se ressemblent pas mais partagent cette obsession de la politique comme objectif unique. Pour quoi faire ? L’un et l’autre ont montré plus d’efficacité dans la conquête du pouvoir que dans la conduite de l’Etat. L’un et l’autre donnent l’impression de gouverner au doigt mouillé, sans conviction, sans ligne directrice. Et cela, on peut le leur reprocher. A force d’aller où le vent les porte, ils se sont usés prématurément. Ils ont une petite soixantaine, un quinquennat chacun et semblent déjà si vieux. Du coup, Marine Le Pen et ses acolytes représentent une certaine « fraîcheur » dans la vie politique. La fille du vieux chef donne l’image d’une self-made woman qui aurait conquis ses victoires à la seule force de son poignet. Peu importe que l’histoire soit autre. C’est la « vieillesse » des autres qui lui permet d’écrire ainsi son propre roman. La question n’est pas l’âge du capitaine, mais son usure et le nombre de récifs qu’il n’a su éviter...Donc Hollande- Sarkozy, la revanche...surtout pas. Ce serait un boulevard offert à Marine Le Pen. Et puisqu’ils prétendent tous les deux se battre contre elle, qu’ils passent la main, ce sera la meilleure manière d’empêcher qu’elle ne s’empare de l’Elysée. C.D.

  1. Vers un nouveau monde. Mes chemins pour l’école. L’éducation est la mère des réformes. Alain Juppé. JC Lattès. 305 pages.

Alain Juppé, ancien professeur, ancien ministre, maire de Bordeaux, affilié au parti « Les Républicains » est candidat à l’élection présidentielle de 2017. Dans ce but, il a engagé une réflexion sur les réformes prioritaires vers un nouveau monde.

« Apaiser, rassembler et réformer. Le changement ne se décrète pas, il se prépare et ne peut se réaliser que s’il est porté par le plus grand nombre. La réforme de l’école porte toutes les réformes.»

Oui, la réforme de l’école est la plus urgente. Les propositions de la ministre de l’Education nationale, Najat vallaud-Belkacem, ne redresseront pas le système éducatif : elles sont sans professionnalisme. Alain Juppé a pratiqué la démocratie participative afin de recueillir de très nombreuses participations de professeurs, de parents d’élèves, de chercheurs, de spécialistes de l’éducation dont Alain Bentolila, linguiste, le docteur Boris Cyrulnic et Yves Quéré, membre de l’Institut. Leurs interventions composent la moitié du livre et sont suivies d’une interview d’Alain Juppé par Jérôme Saltet novateur en instruction et éducation. En fin de livre des chapitres courts explorent divers points : les dépenses pour l’éducation en France et dans le monde, les résultats de l’enquête PISA, la rémunération des enseignants, la notation des élèves, les inégalités croissantes...

Alain Juppé n’a pas terminé ses consultations : il souhaite rencontrer des élèves, des membres divers de l’Institution, des directeurs, des principaux...

C’est pourtant, à ce stade, un travail rare, remarquable, au-dessus des clivages politiques. Alain Juppé connaît le système éducatif en profondeur. Ses propositions de réformes, précises, exigeantes, portent sur l’essentiel. Il connaît les forces et les faiblesses du système éducatif et mesure la difficulté de son adaptation progressive pour redevenir performant et plus juste. Le bon sens, introuvable jusqu’alors, prévaut dans ses objectifs évaluables.

Les principales orientations.

Deux priorités nationales.

  1. Assurer à tous les jeunes Français (100%) une maîtrise complète de la langue française et du socle commun des savoirs fondamentaux à la fin du collège. Un jeune sur cinq ne maîtrise pas ce que l’on appelle communément les fondamentaux, aujourd’hui rassemblés dans le socle commun de connaissances et de compétences. Je fais du combat pour la maîtrise de la langue française LA priorité numéro un de mon action future.
  2. Assurer à tous (100%) une véritable qualification à la sortie du système éducatif. 150 000 jeunes sortent chaque année sans aucun diplôme. En 2017, nous aurons « produit » 2,5 millions de citoyens peu ou pas qualifiés, dans l’incapacité ou presque de trouver un emploi, de s’insérer, de vivre tout simplement.

Un objectif général.

         Faire remonter la France de 10 places dans chacun des volets du classement international PISA.

Cinq axes majeurs pour y parvenir (à budget constant pour le ministère de l’Education nationale, par redéploiement de moyens).      

   1. Accroître substantiellement l’effort sur les classes de maternelle et de CP.

Alain Juppé reprend la demande ancienne de Bentolila d’accroître considérablement les acquisitions de vocabulaire, de pratiquer, dès la crèche, des séances de conversation dans une langue soutenue, de réduire les effectifs, de travailler aussi en petits groupes. La formation des enseignants doit porter sur la spécificité des apprentissages, particulièrement linguistiques, en maternelle...

   2. Revaloriser le statut d’enseignant.

Les salaires des enseignants du second degré doivent se rapprocher de ceux de l’OCDE, par une augmentation de 10%. Alain Juppé reconnait la nécessité de la pédagogie : il faut donc accroître aussi, dans la formation initiale des enseignants, la connaissance des processus d’apprentissage, une meilleure connaissance des neurosciences cognitives et permettre la possibilité de reconversion dans d’autres carrières pour les professeurs qui le souhaitent.

  3. Donner de nouvelles responsabilités aux équipes pédagogiques.

Pour les collèges c’est une évolution majeure. Elle envisage une modification de la direction des établissements, plus collégiale. C’est un Conseil éducatif d’établissement travaillant en équipe sous la direction d’un directeur principal qui dirigerait l’établissement et gérerait les moyens. Une plus grande autonomie de répartition des moyens de la dotation horaire globale permettrait d’assouplir les structures et les pratiques de chaque établissement en fonction de son projet. Les professeurs seraient appelés à exercer diverses responsabilités : coordonnateur, responsable de l’orientation, responsable des partenariats...Des regroupements d’établissements pourraient se faire, fondés sur des projets...

  4. Une évaluation indépendante, régulière et performante.

L’évaluation est, pour Alain Juppé, l’indispensable corollaire de la responsabilisation des équipes pédagogiques. Evaluer a pour but essentiel le repérage permanent des élèves « décrocheurs » afin d’y remédier sans tarder et à tous les niveaux, par des séances personnalisées, intensives, de remise à niveaux. Une Agence nationale de l’évaluation, de l’innovation et de la performance scolaire, indépendante, serait chargée du repérage des bonnes pratiques en France et à l’étranger, de favoriser des méthodes d’évaluation efficaces et d’évaluer la progression des établissements, en concertation...

  5. L’orientation et l’apprentissage au service de la qualification et de l’emploi.

Rapprocher les CFA et les lycées professionnels. Confier les lycées professionnels et les CFA aux régions. Améliorer le suivi et l’orientation des élèves, mieux les informer. Adapter les formations aux besoins. Réduire le coût de l’apprentissage pour les entreprises...

 Bien sûr, ces 3 pages ne peuvent résumer les 305 pages denses d’Alain Juppé. Cet essai n’a d’autre but que de nous engager tous à répondre à la question posée : Quelle école voulons-nous ?

http://www.al1jup.com

Après 44 ans dans l’Education nationale, je me permets de dire à Alain Juppé que la notion essentielle d’équipes éducatives doit être concrétisée. Il n’y a pas d’équipes de travail dans les collèges : il faut définir des lieux de réunions, des horaires inscrits dans l’emploi du temps général, leur insertion dans un statut professoral qui les ignore. Cette mutation ne peut être laissée au hasard.

Des « détails » pléthoriques doivent être pensés parce que leurs incidences sont graves. Les professeurs des écoles apprennent-ils à leurs élèves à apprendre leurs leçons et selon quelle méthode ? Aucune ? Des professeurs font encore des contrôles- surprises ou des contrôles portant sur des cours inexistants ! Des professeurs se plaignent en conseils de classes des élèves bavards alors que l’ordre scolaire relève de leur responsabilité. L’autorité s’apprend mais n’est pas encore enseignée dans les centres de formation. Les professeurs se sentent-ils partiellement responsables des « mauvaises notes » qu’ils attribuent à certains élèves, pour rechercher une plus grande efficacité? 20% d’entre eux ?

Les résultats de la démarche d’Alain Juppé sont exceptionnels, il faut poursuivre.

Annie Keszey.

http://www.atelier-idees.org          http://www.rupture-et-metamorphose.org

http://www.notreputeaux.com