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07/10/2014

LAURENT MAUDUIT.

Le hold-up démocratique de François Hollande.

 

Laurent Mauduit, mediapart, François Hollande, Manuel Valls, néolibéralisme, débâcle de la gauche, austérité,reniements

 

François Hollande a méticuleusement caché la politique qu’il entendait suivre adoptant une posture conforme dans le seul but de gagner l’élection présidentielle. Il n’est ni socialiste, ni social-libéral mais néolibéral en économie  et néoconservateur en matière de libertés publiques.  Dans sa République, qui se voulait exemplaire, les valeurs fondatrices de la gauche se délitent inexorablement au sein d’un milieu politique incluant des combinards, petite bande de capitalistes de droite, défenseurs de leurs seuls intérêts personnels. La gauche  est morte.

Il est de notre responsabilité à tous de prendre la mesure de ce qui se profile. De prendre conscience que, au-delà des valeurs de la gauche, ce sont les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité qui sont fréquemment piétinées.

 

Il  nous appartient à tous de nous engager.

 

Le livre de Laurent Mauduit, cofondateur de Mediapart, « A tous ceux qui ne se résignent pas à la débâcle qui vient », aux Editions Don Quichotte, conduit à ce constat en 420 pages de preuves.

Résumés partiels.

Notre jeunesse.

« Laurent Mauduit fut, dans sa jeunesse étudiante, un militant politique qui rêvait de transformer le monde en se réclamant de Marx, engagé, au sein de l’UNEF, le syndicat étudiant, puis trotskyste, au sein de l’Organisation communiste internationaliste (OCI). Plus tard il rejoignit le parti socialiste. Des désillusions lui firent préférer ensuite le journalisme militant. Au sein de ces institutions ou au cours de ses engagements, il a rencontré, François Hollande, Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Marie Le Guen, Manuel Valls, en particulier,  dont il a suivi les carrières jusqu’à ce jour.

Le jugement qu’il porte sur ces politiques est accablant.

Les précédents gouvernements socialistes, le Front populaire, le gouvernement de François Mitterrand, celui de Lionel Jospin, contrairement à celui François Hollande, lors des premiers mois de leur mandat, avaient au moins instauré des conquêtes sociales, des dispositions progressistes, avant de sombrer, aussi, dans la rigueur et les débâcles électorales.

Le hold-up démocratique.

Lors de son discours lyrique, porteur d’espérances du Bourget, le 22/01/ 2012, François Hollande dit avoir pour adversaire « le monde de la finance ». Dès février 2012,  il se rend à Londres pour rassurer la City et dit : I’m not dangerous !  Il enrôle dans son équipe de campagne Emmanuel Macron, jeune inspecteur des finances, associé gérant de la banque Rothschild. En 2007, peu après la victoire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle, Emmanuel Macron était devenu rapporteur de la commission présidée par Jacques Attali, dite «  commission pour la libération de la croissance ». Cette commission comportait une ribambelle de grands patrons et des économistes de droite, d’une sensibilité voisine de celle des Gracques, une variété improbable de hauts fonctionnaires ou d’économistes représentatifs d’une gauche radicalement de droite.

La commission a produit un premier rapport strictement conforme aux requêtes de l’Elysée. A bas l’Etat ! Vive le marché ! Et vivent les dérégulations en tout genre. Un brûlot libéral qui arrive au plus mauvais moment.

Ce rapport est suivi d’un second, plus violent  encore, en 2010, précédé d’une invraisemblable note de méthode. Jacques Attali et Emmanuel Macron écrivent : « ces objectifs peuvent être partagés par tous quels que soient leurs choix politiques…Les réformes devront être poursuivies pendant plusieurs mandats, quelles que soient les majorités ». Le système oligarchique, représenté par J. Attali et E. Macron garantit l’enrichissement de ceux qui y participent, la punition sociale pour les autres et en même temps elle distille une idéologie qui tient la démocratie pour méprisable ou quantité négligeable…

Pendant la campagne électorale de François Hollande et depuis 2011 un autre acteur se démène, dans la presse et les medias, son ami, Jean Pierre Jouyet. Jean-Pierre Jouyet fut secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy puis président de l’Autorité des marchés financiers. Il incite François Hollande à conduire en France la politique allemande de Gerhard Schröder qui a dynamité le marché du travail et contribué à une explosion sans précédent de la précarité.

Cap sur le néolibéralisme.

Dans « social-libéralisme », il y a l’idée d’un nouveau compromis social entre  capital et travail. Ce n’est pas cette voie que choisit François Hollande au moins de juin 2012. Et sa duperie est toute entière contenue dans « le choc de compétitivité » que, sitôt élu, il commence à préparer en faveur des entreprises et qu’il accentue encore au début 2014 avec « le pacte de responsabilité ». Ce plus formidable cadeau jamais accordé en France aux patrons va préempter toutes les marges de manœuvre dont la puissance publique dispose, comme elle va la contraindre à un plan d’austérité sans fin…Ce projet politique mis en œuvre est celui de son rival Nicolas Sarkozy : il a été élaboré dans les arrière-cuisines du patronat. Deux notes inspirent le projet : celle de l’Institut de l’entreprise, annexe du MEDEF, dont les patrons du conseil d’administration sont issus pour l’essentiel du CAC 40 et celle de l’Institut Montaigne, un club patronal créé par Claude Bébéar, fondateur du groupe AXA. Le 7/07/2012, Louis Gallois, ancien patron d’EADS, prône un choc de compétitivité massif !...François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Pierre Moscovici l’engagent.  Ce choix implique des engagements budgétaires tellement considérables, tellement exorbitants, qu’il balaie progressivement toutes les autres promesses.

C’est le plan le plus injuste qui ait jamais été conçu en France puisqu’il organise un transfert massif de charges des entreprises vers les ménages…

Tous derrière Valls.

Au lendemain des Municipales (perdues) François Hollande nomme Manuel Valls Premier ministre. Voulait-il sérieusement porter à Matignon un socialiste qui symbolise jusqu’à la caricature cette politique néolibérale dont le pays ne voulait pas- et de surcroît un socialiste impopulaire dans son propre camp mais applaudi à droite et dans les milieux conservateurs ? Peu de voix s’élèvent pour contester cette nomination : absence de désapprobation qui prouve le coma dans lequel a sombré le socialisme. Ce Premier ministre s’écarte encore davantage des valeurs sociales fondatrices de la gauche.

L’austérité sans fin.

Le plan d’austérité présenté par Manuel Valls au pays le 16/04/2014, est socialement injuste, économiquement dangereux et démocratiquement illégitime. Le gouvernement fait subir aux fonctionnaires, aux retraités et aux pauvres, un violent plan d’austérité dont le seul but, ou presque, est de trouver les financements nécessaires pour apporter les 36 milliards d’euros de cadeaux aux entreprises, sans contreparties  ni en terme d’emplois, ni en termes d’investissements. Dans ce plan d’austérité on sent la patte de la Troïka, il est proche des réformes dites structurelles dont raffolent le FMI, Bruxelles et la Banque centrale européenne à partir de doctrines économiques de droite pourtant discréditées…A la suite de l’Europe, Manuel Valls pousse maintenant à la privatisation de la sécurité sociale…

D’un reniement à l’autre.

François Hollande abandonne la politique de la demande pour une politique de l’offre, il renonce à la formidable promesse socialiste de 2011 de «  révolution fiscale » prenant la forme d’une fusion de l’impôt sur le revenu et de la CGS, proposition défendue, en 2006, par Thomas Piketty. Le projet visait à fonder un grand impôt progressif et citoyen. François Hollande supprime le bouclier fiscal de son prédécesseur mais introduit des mesures fiscales encore plus favorables aux ultra-riches, selon les rapports de Bercy ou de Gilles Carrez. Le seuil de déclenchement de l’ISF a été maintenu à 1.3  million d’euros et non pas rabaissé à  800 000 € comme on aurait pu l’envisager au vu de la promesse du candidat. Le patrimoine personnel de François Hollande est de 1.17 millions d’euros !

Le 1/01/2014, la TVA est augmentée, idée évoquée par Nicolas Sarkozy et repoussée par François Hollande dans ses promesses de campagne. Les prix vont donc augmenter. En proportion de leurs revenus, les Français les plus modestes paient une TVA deux fois plus importante que les 10% des plus riches. Toute l’injustice de la TVA est contenue dans cette statistique. Alain Trannoy, membre du Conseil des prélèvements obligatoires éclaire la dégressivité de cet impôt, antisocial.

La grande conférence sociale des 9 et 10 /07/2012, aboutit à des mesures de déréglementation jamais évoquées pendant la campagne :

  • Accord de flexisécurité avec le patronat, accord déséquilibré, assorti de considérables concessions au patronat, au détriment du monde du travail.

  • Généralisation des complémentaires de santé mais partagées pour moitié entre salariés et employeurs.

  • Accord sur la création de droits rechargeables à l’assurance chômage mais qui pourraient être financés par des indemnités chômage revues à la baisse.

  • Libération des seuils créant des obligations particulières aux entreprises, pour 3 ans !...

     

    Ici s’achève la longue histoire du socialisme français, François Hollande et comparses ayant œuvré à son suicide.

     

    A suivre : Le triomphe de l’oligarchie- Le point de rupture- Les combinards- Les naufrageurs aux commandes- Pour une refondation- Conclusion.

    Annie Keszey.

18/06/2013

LE DROIT DE SAVOIR.

Edwy Plenel. Directeur de Mediapart. Editions Don Quichotte.

Edwy Plenel décrit le métier de journaliste tel qu’il le conçoit et tel qu’il devrait être: démocratique, rigoureux, courageux et libre. Il traque la vérité afin d’honorer le droit de savoir, démocratique, des peuples. Son « manifeste professionnel », fondé sur des valeurs fortes et rares, est porteur d’espoir, pour le lecteur.

Extraits discontinus.

« Un journaliste fait donc son travail quand il apprend au public ce qui lui échappe, ce qu’on ne voudrait pas qu’il sache, ce qu’on lui dissimule ou qu’on lui cache, ce qui lui est méconnu ou inconnu, bref tout ce qui ne ressort pas de la communication, d’où qu’elle vienne…Or, bizarrement, dans le débat public français, c’est à ce moment précis que le journaliste se fait mal voir. Le voilà brocardé alors même qu’il s’accomplit en jouant son rôle d’apporteur de nouvelles inédites, nouvelles dérangeantes ou mauvaises, indociles et imprévues, incroyables ou impensables, nouvelles qui bousculent les certitudes, ébranlent les opinions, déstabilisent les réputations. Calomnié à cet instant où, sortant de sa routine et prenant des risques, il accomplit la promesse professionnelle qui lui fut enseignée d’être d’abord loyal envers les citoyens en leur dévoilant les vérités les plus utiles, celles qui font réfléchir, celles qui mettent en branle et en mouvement, celles qui découvrent l’impossible et ouvrent le possible. Bref, celles qui nous font sortir des chemins balisés…
La question de l’information, avant de devenir un enjeu professionnel ou une affaire économique, est au cœur de la vitalité démocratique elle-même…Le droit de savoir des citoyens est à la source de la légitimité des journalistes: la responsabilité qui leur incombe est de créer les conditions de cette autonomie politique des individus sans laquelle le collectif démocratique n’est qu’une imposture ou une mascarade…Garantie essentielle contre le retour de la barbarie, il est énoncé à l’article 19 de la déclaration des droits de l’homme du 10 décembre 1948, dans une formulation qui anticipe l’avènement technologique d’internet en défendant une circulation « sans frontières » des informations : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »…Or, la culture française reste celle d’un droit d’accès difficile, indirect, complexe, dissuasif, lourd et lent, parsemé d’embûches et d’obstacles. Nous sommes bien loin d’une loi fondamentale instaurant la liberté d’information comme une règle qui s’impose à tous les tenants d’une quelconque autorité publique…
Le droit de savoir est ce pouvoir de tous qui, par la publicité sur les affaires publiques, arrête l’abus de pouvoir
Les secrets les plus redoutables que le journalisme doit affronter s’il entend être au rendez-vous de son devoir démocratique d’information envers le public (sont) les secrets d’argent, roi ou fou comme l’on voudra, dans tous les cas de l’argent qui s’érige en maître, instituant de nouvelles féodalités aux privilèges imprenables et intouchables…
Les paradis fiscaux sont le théâtre où les millionnaires affrontent les pauvres, les multinationales les citoyens, les oligarchies les démocraties : à chaque fois, le plus riche l’emporte… Environ 85% des opérations bancaires internationales et des émissions d’obligations sont effectuées via ce que l’on appelle l’euromarket, un espace offshore apatride. Le FMI a évalué en 2010 que le bilan cumulé des petits paradis fiscaux insulaires s’élevait à 18 000 milliards de dollars- une somme équivalente à un tiers du PIB mondial- précisant que ce montant était sans doute sous- estimé…(Nicholas Shaxson cité par Edwy Plenel).
Les banques françaises, notamment BNP- Paribas, Crédit agricole et Société générale, comptent ainsi 24 filiales dans les Caïmans, 12 dans les Bermudes, 19 en Suisse, 29 à Hongkong et 99 au Luxembourg…
Savoir, donc. Démasquer l’imposture. Percer le secret. Regarder la réalité. Affronter la vérité.
Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges…(Friedrich Nietzsche cité par Edwy Plenel). Il ne suffit pas de croire que l’on pense politiquement juste pour informer vrai. C’est même souvent le contraire… L’opinion ne se confond pas avec l’information…
La liberté d’opinion, écrit Hannah Arendt (citée par Edwy Plenel) est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat, et c’est pourquoi les vérités de faits sont les vérités politiquement les plus importantes…
Seuls comptent la vérité des faits, le sérieux de l’enquête, la légitimité de l’information, la bonne foi du travail journalistique.
La démocratie, dans cet esprit, ce n’est pas simplement «  tout dire », mais « tout dire indexé à la vérité ». Ce n’est pas l’aveu, mais l’échange; pas la confession, mais la relation ; pas la dénonciation, mais l’élévation. Bref, il s’agit de dire la vérité pour créer du lien et construire ensemble…( Michel Foucault cité par Edwy Plenel).
   
Le vrai courage c’est, au-dedans de soi, de ne pas céder, ne pas plier, ne pas renoncer. Être le grain de sable que les plus lourds engins, écrasant tout sur leur passage, ne réussissent pas à briser…

L’on est homme seulement si l’on est libre de la soumission à une autorité souveraine. Ni le monde, ni la vie n’ont de sens en dehors de celui que nous construisons par l’engagement de notre responsabilité. Jean-Pierre Vernant, (cité par Plenel), évoquait la dette et l’hospitalité. Notre dette des uns aux autres, infiniment, dans une chaîne sans fin ni frontière, dans l’espace comme dans le temps. Cette dette dont la conscience nous fera accueillir l’étrange et l’étranger, l’inconnu comme l’imprévu lorsqu’ils frapperont inopinément à nos portes.
A  condition cependant que nous ayons appris à vivre en vérité. Et que, par conséquent, nous n’ayons pas renoncé à savoir. »

www.notreputeaux.com

Annie Keszey.