Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/06/2016

La communication municipale.

La mondialisation a un effet paradoxal, c’est de rendre plus pertinent l’échelon local. En matière de communication, c’est à l’échelle municipale qu’elle se développe le plus depuis que les lois de décentralisation ont donné aux élus locaux une nouvelle fonction, celle de gestionnaire de la cité. De ce fait les collectivités locales ont dû construire un discours d’expertise qui vient concurrencer le discours proprement politique ou s’y substituer. La légitimité politique semble issue non des choix proprement politiques mais de la compétence technique devant « un problème » ou « une crise » apparemment neutralisés politiquement par cette saisie gestionnaire. La démarche locale est différente de l’information des médias puisqu’il s’agit, pour la collectivité ou l’élu, de s’adresser en son nom propre à ses électeurs concitoyens, ce qui la rapproche de la communication interne d’une entreprise...

Les collectivités doivent désormais trouver leur place sur un « marché », marché des investisseurs et des créateurs d’emplois. La concurrence est ici externe ; il faut attirer et retenir investisseurs et touristes. D’où la nécessité de se doter d’une « identité » et de promouvoir son territoire à destination d’un public externe...

La communication vise  trois objectifs en fonction de ses destinataires : constituer l’image du lieu ou l’améliorer, action tournée vers l’extérieur ; affirmer et valoriser le sentiment d’appartenance des agents, action tournée vers le public interne à l’entreprise-collectivité; stimuler le changement, enfin, action destinée aux personnels, aux habitants et aussi à la « clientèle » externe. Le but de tout cela étant de fortifier le sentiment d’appartenance à un territoire...

Au début des années 1980, le rêve de démocratie locale est investi dans le pari technologique...

La forme locale exclut le conflit social alors qu’elle exalte le conflit contre tout ce qui menace le groupe (pollution, par exemple). Ce dernier point comporte trois pierres d’angle sur lesquelles la communication bute sans pouvoir les franchir : le décalage entre l’image de la ville et les difficultés de vie des habitants ; l’exclusion de ceux dont on ne parle pas ; le silence sur ce qu’on ne fait pas. Ainsi cette communication est-elle affirmative et indicative ; elle ignore la négation et l’interrogation tout autant que le conditionnel...

La presse locale identifie l’institution au notable, elle glorifie  le représentant, fait la promotion de l’élu à la place de la représentation. Elle peut aussi ne pas fétichiser le notable et brandir les « réalisations » comme signe de légitimité des élus...

La notabilisation, dans les domaines sociaux, culturels, éducatifs est un processus cognitif opéré par le journal sur deux modèles : X a opéré une performance (transformation d’un état) ; x continue à  (permanence de la compétence). La combinaison la plus valorisée de ces compétences est celle qui associe les valeurs individuelles (le courage) et les valeurs sociales (le dévouement)...Le but recherché est la stabilité du groupe social garantie par la continuité...

Cette presse accorde au « social » une place considérable sous trois formes principales : la reprise en bonne place du discours des élus ou des spécialistes du travail social, l’activité des associations à finalité sociale, et les multiples portraits de figures locales qui doivent au « social » leur notoriété...

Le thème majeur dans cette presse est celui de la solidarité jusqu’en 2009 (et de la sécurité à partir de 2015)...Les problèmes sociaux indiquent une fracture entre l’économique et le politique et le discours de la presse cherche à le nier, ou le sublime dans la notion de solidarité. La presse locale rejoint l’attitude des élus dans leur volonté d’occulter les brisures de la société...Elle renvoie dans l’ordre de l’opacité les brisures du social...Le « social » est balisé par le choix des types d’individus que le « social » semble privilégier : les jeunes, les personnes âgées, et les handicapés. On voit que ne figurent ici ni les immigrés, ni les nouveaux pauvres qui restent invisibles...L’exclusion est occultée...

Il y a un paradoxe : si la ville en tant qu’ensemble immobilier, objet d’incessantes transformations, est omniprésente dans le journal local, c’est la seule visibilité de la ville comme objet de regard qui semble privilégiée, au détriment des gens qui y vivent, qui y travaillent, et y meurent...Le traitement du conflit (quel qu’il soit, politique ou sportif) a été profondément influencé par l’illustration qui ne connaît guère que deux états, la victoire, ou la défaite. D’où la domination d’un modèle « agonistique » qui domine tout récit, propice à être illustré par le sourire ou la jubilation du vainqueur...

 

Ces médias ont peu d’armes pour traiter de la « concertation » bien plus difficile à dire et illustrer que le conflit, sinon par les poignées de mains qui concluent un rapport...

Depuis 2015, certaines communes engagées, dont Grande-Synthe, traitent l’accueil des immigrés en tenant compte de la complexité, d’autres travaillent à améliorer la situation de l’emploi ou à entrer dans la 3ème révolution industrielle en évoluant vers les villes intelligentes...

D’après Jean-François Tétu, professeur associé au réseau ORBICOM des chaires UNESCO. Extraits discontinus. Cahiers philosophiques d’octobre 2009. Chapitre : « Pouvoirs d’opinion et démocratie locale ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

07/07/2012

LA SECURITE DANS LES COURS DE RECREATION.

Kylian, élève de 13 ans d’un collège de Rennes, a été tué, par un autre élève de 16 ans, le vendredi 22 juin 2012, à la récréation de 10 H. Vincent Peillon, Ministre de l’Education Nationale s’est rendu sur place pour exprimer la profonde tristesse de la Nation et préciser les mesures prises d’accompagnement et de soutien dont l’intervention de psychologues…Eric Debarbieux , universitaire, spécialiste de l’étude des violences à l’école, a rappelé que les collèges et les écoles avaient une responsabilité particulière pour lutter contre les violences et leur banalisation .. Un fait aussi dramatique qu’un meurtre, fortement médiatisé, n’est pas fréquent en milieu scolaire, mais les ministres successifs confrontés à de tels drames n’ont jamais construit une politique suivie et efficace pour protéger les élèves. Ils semblent considérer que ce travail de précaution, prioritaire, est une tâche mineure incluse dans le domaine qu’ils réfutent de « la pédagogie ». L’actuel ministre, parce qu’il est agrégé de l’Université, pourrait ne pas être plus volontariste que ses prédécesseurs : sauf que le changement…
.
Le Ministère relève, chaque année, par enquête informatique, les actes de violence internes aux établissements scolaires, sans doute devrait-il aussi « faire remonter » les mesures adoptées par ces mêmes établissements pour y remédier et  diffuser ensuite une synthèse de mesures applicables par tous.

La priorité, pour le chef d’établissement d’un collège ou le directeur d’école est d’instaurer un climat éducatif harmonieux et d’une grande cohérence entre tous les adultes partenaires y compris les parents d’élèves, avec une Autorité centrale nettement située. Ceci suppose l’aptitude à des échanges fréquents et donc au travail en équipe régulier, formalisé, aidé, des professeurs et de tous les personnels. Ce travail, à moyens constants, peut-être d’1 H par semaine pour les professeurs (3 fois sur 4 par discipline- 1 fois sur 4 en interdisciplinarité) et d’1 H, par demi-trimestre, pour une réunion générale. 
Les exemples suivants de mesures prises dans un collège (déjà partiellement publiés en 2010)  se fondent sur une rationalisation des moyens existants:
-Un slogan simple, partagé.
Lors des réunions de prérentrée, rassemblant tous les acteurs de la communauté éducative, une discussion collective porte sur l’instauration de règles comportementales communes. Un slogan simple, partagé, par exemple, « On ne se bat pas à l’école, même pour jouer », remplacera efficacement toutes les convictions discutables : « Les batailles entre garçons sont normales », «  Untel t’a battu, mais c’est vilain de rapporter »…Le slogan est appliqué strictement. Les élèves qui ne le respectent pas jouent, assis, provisoirement, avec des jeux prêtés.
-Le décalage horaire des déjeuners de certains personnels.
Les directeurs d’Ecole (déchargés de classe),  les principaux de Collège, responsables de la sécurité interne des établissements partent déjeuner après l’interclasse de midi, moment où tous les élèves demi-pensionnaires sont présents dans les lieux, afin qu’ils puissent « faire des rondes de sécurité » dans l’établissement, aux moments hautement fréquentés. En général, le calme parfait régnant entre 13H30 et 14H30, tous les cours ayant repris, ils peuvent alors s’absenter. Ce décalage concerne aussi les principaux-adjoints, les gestionnaires, les documentalistes, certains membres du personnel de service (volontaires pour des tâches éducatives à l’intérieur de leurs horaires de travail et compétents en éducation). Pendant ces périodes les responsables dialoguent avec les élèves difficiles ou en difficultés afin d’établir des liens privilégiés pour des régulations comportementales paisibles.
- Une zone précise de surveillance pour chaque acteur.
Les surveillants, en collège par exemple, savent, à chaque moment de la journée, de quelle zone précise ils sont responsables.  Ce qui suppose un partage en zones du plan de la surface à surveiller. Ils sont, en effet, plusieurs à chaque moment et cela évite qu’ils ne se retrouvent tous groupés .La surveillance des WC, en collège, est constante.
-Des prêts de jeux.
Les élèves empruntent des jeux pendant les interclasses. En hiver surtout, ces jeux sont convoités : jeux de cartes, de dames, scrabble, autres jeux de société,  puzzles, livres, jeux électroniques sur les ordinateurs du CDI ou de la bibliothèque …Ce qui suppose que les lieux d’accueil soient adaptés, ce n’est pas encore le cas partout.
Une liste des jeux au sol, possibles et sûrs, est affichée dans l’espace collectif, enrichie par les propositions, contrôlées,  des élèves. De  grands élèves de 3ème acceptent toujours de former et d’informer les plus jeunes. Cette liste des emprunts possibles précède la liste des jeux interdits, dangereux.
-Un référent, situé, pour gérer les conflits.
Quand ils sont en difficulté, lors des récréations, les élèves s’adressent aux surveillants, il doit être toujours possible de les orienter vers un petit groupe de permanents à la composition variable (délégués des élèves, grands élèves, personnels ATOS, professeur volontaire, conseillère d’éducation), afin que l’apaisement naisse de la discussion.
-Une éducation formatrice, donnée gratuitement, par des parents d’élèves et des responsables d’associations : médecins, juristes, avocats… La présentation, par un avocat, en 6ème, des bornes à la liberté d’expression (injure, insulte, diffamation…) et des sanctions, intéressent particulièrement les élèves et changent les comportements. Ces rencontres ont lieu pendant les heures de permanence.
Est-ce tout ? Non.
Il faut parfois sanctionner, sans exclure cependant de la scolarité obligatoire. Une sanction « parfaite », parce que nouvelle, est la retenue du mercredi après-midi, au CDI, sous la responsabilité du Principal, pendant 2 heures (le personnel de service est présent dans l’établissement vide). Les élèves « punis » mais « soutenus » réalisent un très bon travail qui les réhabilite. Le résultat est paradoxal, à la fois positif et dissuasif : les élèves concernés ne reviennent pas 2 fois ! Un petit problème reste à régler, les parents, en général, souhaitent la reconduction de cette « étude ».
Des auxiliaires de vie ont déjà été nommés dans certains établissements et il pourrait y en avoir davantage : ils nécessitent cependant des moyens supplémentaires, ne sont pas assez formés et ne s’inscrivent pas dans un souhait de prise en charge collective et globale des élèves.
Ces mesures s’inscrivent dans une politique générale de l’établissement. Elles supposent une importante évolution des mentalités des  fonctionnaires  de l’Education Nationale, délicate mais possible. La synthèse des mesures de tous les établissements de l’Education Nationale serait un « trésor » pour protéger les élèves.

Image: XXI.ac-reims.fr
www.atelier-idees.org
Annie Keszey.